LA SENSIBILITÉ GRAND FORMAT DE NORMAL

LA SENSIBILITÉ GRAND FORMAT DE NORMAL

UN HUMAIN QUI DESSINE ET QUI PEINT

Jeune, créatif et sensible, un artiste gadiri porte haut et loin les couleurs d’Agadir qu’il représente avec brio dans des événements nationaux et internationaux de haut niveau.

Nous sommes heureux de vous présenter Ayoub Abid, connu sous le pseudo NORMAL, un des artistes Street Art les plus en vogue aujourd’hui. Avec une signature particulière qui caractérise ses créations, Ayoub a d’abord beaucoup peint et dessiné sur divers supports avant d’aborder le monde du Street Art. Chez AZIGZAO, nous connaissons bien Ayoub qui a officié dans nos studios graphiques pendant dix mois et où nous avons pu découvrir son talent et apprécier sa personne. D’une nature humble, le jeune homme, souvent perché à des hauteurs vertigineuses, garde pourtant bien les pieds sur terre. Face à un avenir artistique qui s’annonce sous les meilleurs auspices, il reste un homme « normal », finalement.

AGADIR PREMIÈRE : Qui est Ayoub Abid ?

NORMAL : Personne, et comme tous, bien trop complexe pour être résumé en une phrase.

A.P. : Comment devient-on artiste de Street Art quand on est natif d’une ville comme Agadir peu connue pour son offre culturelle ?

N. : Je ne sais pas s’il y a une formule pour ça, mais pour moi, cela s’est fait par le mouvement. Malgré la faible offre culturelle, Agadir n’a rien à envier aux autres villes par ses talents. Ailleurs, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs artistes et acteurs culturels avant de me rendre compte ensuite qu’ils sont aussi d’Agadir. Beaucoup de Gadiris suivent un parcours artistique ailleurs que dans leur ville. Mais je n’ai aucun doute sur le développement de l’offre culturelle, c’est une des raisons qui m’ont motivé à revenir habiter à Agadir. C’est aussi en étant là qu’on crée la demande.

A.P. : Comment se forge-t-on un nom dans le domaine si spécifique du Street Art encore peu développé au Maroc ?

N. : Justement, il s’agit encore d’un domaine restreint au Maroc, même s’il grandit rapidement. Pour l’instant, nous ne sommes pas très nombreux. Déjà, je ne me définis pas comme street artiste, je suis un humain qui dessine et qui peint, que ce soit sur papier, sur ordi ou sur une façade d’immeuble. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes passionnées qui ont vu ce que je faisais sur papier et sur ordi et qui m’ont poussé à le faire sur de grands murs. Pour ma part, tout ce que j’ai fait, c’est de ne pas hésiter à me jeter à l’eau, même si, au début, mon manque de confiance en moi me retenait (il a fini par lâcher prise, j’imagine qu’il a peur de tomber à l’eau !).

A.P. : Comment peut-on intéresser nos jeunes au Street Art ?

N. : En faisant entrer le Street Art dans leurs quartiers. Mais l’intérêt n’est pas suffisant pour en faire. L’intérêt peut nous amener à nous arrêter longtemps devant une fresque où à encourager les gens qui en font, mais pour s’y mettre, il faut un certain quelque chose qui ne vient que de nous-mêmes.

Personnellement, ce quelque chose, je l’ai eu en regardant des photos de murales sur internet. Ce n’est qu’après que j’ai vu des Marocains le faire, ce qui m’a mis sur les rails.
En somme, plus il y aura d’occasions de pratiquer le Street Art, plus les gens s’y intéresseront parce que c’est dans la rue, juste là, près d’eux. Difficile de rester indifférent quand c’est si proche et en public.

A.P. : Quelles sont les valeurs véhiculées par le Street Art et comment parle-t-on au public par le Street art ?

N. : Je dirais qu’il y a autant de valeurs que d’artistes. Mais la spécificité de l’art en public c’est qu’il est par définition accessible à tous. Personnellement, je ne cherche pas à passer de messages sur les murs. Je préfère me donner la liberté d’exprimer une certaine sensibilité sans me contraindre à comprendre ou à justifier mes choix, et créer ainsi des images poétiques qui inviteront peut-être les passants à les interpréter selon leur bagage et leur humeur du jour.
Il y a cependant un vrai contact qui peut s’établir pendant la création sur le mur – ça m’est arrivé souvent, d’avoir de belles discussions avec les habitants du quartier où je peignais. J’ai beaucoup appris sur eux, leur quartier et leur ville, mais aussi sur moi via leurs commentaires et leurs interprétations de mon travail.

A.P. : De quoi dépend une meilleure promotion du Street Art au Maroc ?

N. : Les initiatives voient le jour petit à petit ; de plus en plus de villes s’y intéressent. Il me semble que l’important, c’est que les festivals et événements autour du Street Art soient toujours faits pour les bonnes raisons, c’est-à-dire avec passion et avec respect pour les gens (habitants, artistes, équipes organisatrices et techniques, etc.). Faire un festival pour le faire n’a pas de sens et nuira, au final, au développement de la discipline au Maroc.

A.P. : En tant que natif d’Agadir et connaisseur de ses spécificités, penses-tu que le Street Art puisse être un axe de promotion de notre destination à l’instar de ces villes qui en ont fait un argument d’attractivité ?

N. : Sachant qu’il y a des villes qui ont des parcours touristiques pour faire le tour des murales, je pense que oui, effectivement, cette discipline peut ajouter une belle touche à cette destination touristique. Si les murs ne restent pas blancs (voire grisâtres) ou occupés par des publicités, mais plutôt remplis de l’expression d’artistes locaux et d’ailleurs, c’est qu’il y a de la vie, des possibilités, du changement… À Agadir, il y a vraiment de quoi faire énormément de choses. J’y pense beaucoup en ce moment. Un événement ici pourrait créer une vraie dynamique.

A.P. : Comment définis-tu ton style graphique et quelles sont tes influences ? 

N. : J’ai du mal à définir mon style, en tout cas pour les murales, il est en constante évolution, je ne sais pas s’il est fixé pour le moment. Je suis soucieux d’essayer de toujours créer un univers autour de mes personnages, qu’ils soient expressifs et que le résultat puisse être interprété de diverses façons. Je suis influencé par tout ce qui se passe autour de moi, par la vie comme je la perçois.