AÏT OUABELLI,  TECHNIQUES ANCIENNES POUR UNE CONSTRUCTION CONTEMPORAINE

AÏT OUABELLI, TECHNIQUES ANCIENNES POUR UNE CONSTRUCTION CONTEMPORAINE

C’est toujours avec beaucoup d’intérêt que nous découvrons les dernières réalisations de Salima Naji. L’Architecte Anthropologue, qui s’est vu récemment décerner les insignes de Chevalière des Arts et des Lettres au Consulat Général de France à Agadir, œuvre en effet depuis des années pour une architecture ancrée dans son territoire, inspirée de techniques ancestrales merveilleusement adaptées au climat et aujourd’hui trop souvent délaissées au profit duciment et du béton, dénués de ces propriétés. Si nous connaissons les prodigieuses réhabilitations d’igoudar orchestrées par Salima Naji, l’Architecte œuvre aussi régulièrement à l’édification de bâtiments contemporains imaginés sur le modèle des constructions bioclimatiques oasiennes anciennes, caractéristiques des régions sud du royaume. Le Centre Culturel d’Aït Ouabelli en est ici un magnifique exemple.

Les « Architectures de l’adaptation », c’est le titre de l’article paru dans le Magazine L’Architecture d’Aujourd’hui (‘A’A’) n°426 deseptembre 2018. On y découvre une des dernières réalisations de Salima Naji, le Centre Culturel d’Aït Ouabelli, œuvre majeure qui donne le ton de tous ses projets à venir. Extrait de l’article :

« Au sein du village de Aït Ouabelli (Province de Tata), situé à proximité d’un lycée et de son internat, le projet est celui d’un complexe culturel offrant une bibliothèque, un espace multimédia, une salle d’exposition et des ateliers. Réinvestissant les techniques ancestrales au lieu de généraliser des modèles uniformes – où le béton de ciment n’est qu’une facilité sans réelle réflexion sur le choix des formes – ce projet d’utilité sociale utilise la pierre en murs porteurs, anoblissant la technique oubliée. Ce qui, contrairement aux idées reçues, revient moins cher qu’en ville, du fait de l’abondance de la pierre locale. Travailler les externalités positives en limitant l’apport extérieur au minimum permet de véritables économies d’échelle dans la logique du développement durable. Faireréférence au riche patrimoine des greniers collectifs ou des mosquées de pierre réactive un savoir-faire ancestral choisi à la place des tristes constructions en parpaings qui envahissent le village sur son flanc montagneux tout comme dans l’ancienne oasis en contrebas. »

« Ce projet d’utilité sociale utilise la pierre en murs porteurs, anoblissant la technique oubliée »

« Ici, l’orientation principale, celle qui donne sur la route, est la plus exposée. Elle reçoit un fort rayonnement dans une zone aride de hamada de pierre, sans végétation. La construction a donc été conçue pour corriger cette orientation problématique sans perdre la visibilité sur toute la surface du projet. Un dispositif de double peau en matériaux biosourcés et métal à claire-voie laisse passer l’air et fait office de filtre contre cette mauvaise exposition, mettant à l’abri les espaces de travail. Pour lutter contre les variations de température (hivers aux nuits très froides, fortes amplitudes l’été) et permettre d’utiliser ce lieu par tous les temps, tout en protégeant le matériel et l’équipement (ordinateurs, livres, mobilier, etc.), le projet prévoit, certes, d’utiliser la pierre locale en épaisseur suffisamment isolante, mais il intègre surtout un dispositif de régulation thermique contribuant à ventiler les espaces tout en les préservant du rayonnement lumineux direct : une galerie bioclimatique fait effet de brise-soleil. L’ombre produite aide également à rafraîchir les lieux. Le lanterneau central au-dessus du hall d’accueil apporte une lumière zénithale constante en même temps qu’il facilite la circulation de l’air. À l’intérieur, la lumière provient ainsi de seconds jours et de petits oculi partiellement occultés par des lauriers peints qui sont aussi une tradition locale de planchers tressés. »

D’une superficie utile de 280m2, le Centre culturel d’Aït Ouabelli réunit un hall d’exposition, une salle polyvalente, une salle multimédia, un atelier pédagogiquepour enfants, une bibliothèque, des bureaux et un théâtre de plein-air. Avec pour maîtres d’ouvrage le ProgrammeINDH (Initiative Nationalepour le Développement Humain), le Ministère de l’Intérieur et la Province de Tata, le projet a totalisé un coût de 1 million de dirhams.Le chantier, qui a duré deux ans, a exigé la participation de spécialistes de la pierre et du bois.