ANNIVERSAIRE DE LA PLACE JEMAA EL-FNA…

ANNIVERSAIRE DE LA PLACE JEMAA EL-FNA…

PATRIMOINE ORAL DE L’UNESCO

Proclamée depuis 2001, puis inscrite en 2008 comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO), la place Jemaa el-Fna représente l’un des sites touristiques clés du Royaume. Jemaa el-Fna et ses charmeurs de serpent, ses conteurs et poètes, ses musiciens et danseurs, est devenu incontestablement l’un des passages obligés de la ville ocre. Ce lieu est non seulement un symbole de notre diversité culturelle mais aussi une plateforme de partage où des visiteurs des quatre coins du monde se retrouvent… Toutes les raisons sont bonnes pour (re)visiter Jemaa el-Fna, et cela tombe bien, le 18 mai prochain, la place célèbre la 16e année de sa proclamation comme patrimoine oral de l’Humanité. Faites-y un tour pour profiter pleinement du charme et de l’accueil de cette place mythique !

QU’EST-CE QU’UN PCI ?

Selon la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée en 2003 par l’UNESCO, le patrimoine culturel immatériel (PCI) également appelé « Patrimoine vivant », regroupe l’ensemble des « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. »

UN LIEU VIVANT

À ses origines, la place Jemaa el-Fna – place des trépassés – était, comme on peut le deviner, beaucoup moins gaie qu’elle ne l’est aujourd’hui. Jadis lieu de justice où les condamnations étaient publiquement exécutées, au fil du temps, sa fonction a muté vers l’activité commerciale mais surtout culturelle. À Jemaa el-Fna, on côtoie toutes les formes d’expressions liées au spectacle. Sur l’esplanade, musiciens, danseurs, arracheurs de dents, tatoueuses au henné, montreurs de singes, charmeurs de serpents, conteurs, médecins traditionnels, se côtoient avec comme objectif de montrer et de magnifier les pratiques et traditions ancestrales relatives à la ville rouge. Jemaa el-Fna est aussi réputée pour ses nombreux restaurants ambulants. Une preuve « vivante » de la richesse de la diversité culturelle du Maroc. La place attire chaque année plus d’un million de visiteurs.

JEMAA EL-FNA ET EXOTISME ?

La place Jemaa el-Fna fait rêver au-delà de nos frontières et le côté exotique qu’on lui prête a fait l’objet d’étude. Lionel Gauthier, Docteur en Géographie à l’Université de Genève, travaillant sur les notions d’exotisme, de stéréotype et d’imaginaire, a publié en 2009 un article sur la thématique « Jemaa el-Fna ou l’exotisme durable ». Il s’intéresse particulièrement au mystère que recouvre cette place mythique, en passant par un questionnement sur l’espace-temps. « Entre exotisme et marocanité, l’image de Jemaa el-Fna est produite par deux types de discours : la rhétorique touristique et la rhétorique nationale. Ces deux discours, qui se retrouvent notamment dans la rhétorique patrimoniale. En tant que symbole du Maroc et de la marocanité, Jemaa el-Fna fait en effet l’objet d’une véritable patrimonialisation qui motive et légitime sa mise en protection. ».

UN CÉRÉMONIAL CONTINU

Dans l’article de Gauthier, des chercheurs, historiens, journalistes, y décrivent Jemaa el-Fna, selon une logique temporelle qui s’apparente à un cérémonial quotidien. « Le matin, Djamaâ el-Fna est un grand marché ; elle s’anime bien avant que le mouedden (muezzin) invite à la prière annonçant l’aube » (Ennio Macconi). « À partir de 16 heures, la place s’érige en une sorte de théâtre populaire improvisé. Jusque tard en soirée s’y produisent des saltimbanques de toutes sortes » (Daniel Rivet). « À la tombée du jour, quand la place se vide et que les danseurs, tambours, rhapsodes et flûtistes s’en vont ailleurs avec leur musique : désagrégation interminable des attroupements » (Juan Goytisolo). Ce lieu emblématique continue d’imposer son charme sur ses visiteurs, continuons à la préserver intacte et célébrons ensemble ce lieu que l’on nous envie partout au monde.