ENTREPRISES MAROCAINES DE SURF TOURISTIQUE

ENTREPRISES MAROCAINES DE SURF TOURISTIQUE

Parce qu’il véhicule un style de vie libre et sans attaches, une image saine de loisirs en plein air et un cliché glamour de vie à la plage, le surf connaît un succès sans précédent dans le monde entier. Déjà fréquenté depuis des décennies par les connaisseurs, notre littoral n’a pas échappé à la démocratisation mondiale de ce sport et voit aujourd’hui affluer des touristes d’un nouveau genre, souvent des débutants venus goûter, le temps d’une semaine, aux joies, aux sensations d’adrénaline d’un sport de glisse qui les fait rêver. Ce phénomène, ajouté à une concentration exceptionnelle de spots pour tous les niveaux de pratique, a fait se développer dans notre région une offre touristique de niche non négligeable autour de cette activité. Depuis 2007, chapeautée par la Fédération Royale Marocaine de Surf, la discipline a connu ces dernières années une transformation importante, allant de la pratique ludique au développement entrepreneurial, une transition qui a mis toutefois en évidence un certain nombre de confusions dans la marge de manœuvre, les droits et les devoirs des différents intervenants.

Face aux lourdeurs de structuration du secteur, les professionnels ont exprimé une nécessité urgente de redéfinir la réglementation du volet commercial de l’activité en créant, en 2015, la Confédération des Entreprises Marocaines de Surf Touristique (CEMST). Entretien avec son Président, Hicham Limati, entrepreneur et spécialiste en marketing… Un surfeur qui a les pieds sur terre.

INTERVIEW HICHAM LIMATI

« Développer le surf dans un cadre touristique s’aborde comme toute activité entrepreneuriale. Il faut s’appuyer sur trois axes : la reconnaissance, la structuration et le développement.

Dans notre cas, nous pouvons dire que le premier stade est en cours puisque le surf touristique est désormais reconnu comme une niche économique à part entière. À présent, il faut instaurer une véritable structuration du secteur qui commence par faciliter l’exercice de la profession. Par exemple, dans notre activité, le transport occupe une place très importante, mais l’obligation d’un agrément touristique constitue un frein (cahier des charges déposé à la Wilaya par la fédération de surf en 2007). Car, pour obtenir un agrément de transport, il faut créer une société de transport et investir dans un véhicule onéreux, ce qui entrave considérablement l’acte d’investir.

Il faut aussi structurer le terrain par une reconnaissance officielle des spots de surf et le maintien d’un accès routier à ceux-ci. On constate, en effet, que certains nouveaux projets et constructions commencent à occulter l’accès à des spots renommés au niveau international. La reconnaissance des spots implique aussi l’établissement d’une fiche d’identité précisant leur niveau, leurs dangers, leurs règles de priorité, des numéros d’urgence et toutes autres informations pratiques et utiles aux usagers et aux professionnels. Par ailleurs, ces spots, notamment les plus fréquentés, doivent être sécurisés par la présence de sauveteurs parlant plusieurs langues et de postes de secours à proximité.

En ce qui concerne la partie logement des touristes surfeurs, il apparaît à ce jour que la majorité des sociétés qui travaillent dans le surf n’ont pas d’hébergement. Tout simplement parce que c’est la partie la plus lourde, financièrement parlant. Par exemple, pourquoi ne mettrait-on pas en place des mini-villages de surfeurs sur des parcelles de quelques hectares hébergeant 5 ou 6 structures avec, au centre, des parties communes intégrant restauration, feu de camp et animations accessibles à tout le monde ? Bref, de vrais villages qui correspondraient totalement à l’ambiance conviviale que recherchent les surfeurs. Il suffirait pour cela de mettre à disposition des terrains à louer, à l’instar du camping qui est en location. Les entrepreneurs n’hésiteraient pas à y investir, car ce serait un investissement léger, avec des structures en bois, par exemple. Le coût de quelques chalets dans ce mini-village reviendrait beaucoup moins cher que celui d’une auberge en dur. Ces mini-villages créeraient donc une dynamique dans le monde du surf en suscitant une concurrence positive et une création croissante d’entreprises. Il y a de la place pour tout le monde, assez de spots et assez de vagues pour tout le monde. Si l’on veut attirer des millions de clients, il faut favoriser la création d’entreprises.

Le tourisme du surf est une économie comme une autre à qui l’on peut appliquer la méthode des 4 P, des principes qu’il faut absolument réussir pour arriver au résultat espéré : en français cela donne le Prix, le Produit, la Distribution et la Communication.

Le Produit, c’est la base. Pour l’instant, nous n’avons presque rien. Nous devons préparer un produit attractif qui pourrait être l’idée des mini-villages. Une fois le produit créé, nous pourrons travailler sur la Distribution, c’est-à-dire les avions. Pour cela, il faut s’asseoir avec les professionnels du surf et identifier la provenance de leur clientèle pour décider la création de liaisons aériennes. Nous recevons, par exemple, des clients venant d’Estonie qui prennent jusqu’à trois avions pour arriver à Agadir. Ce n’est pas logique. Pour ouvrir des lignes aériennes, il faut mener une étude pour savoir quelles sont les villes intéressées par le surf et celles qui peuvent fédérer des villes à proximité.

Ensuite, nous devrons définir un point lié aux deux précédents, c’est le Prix. Il nous faut un produit concurrentiel qui ne soit pas plus cher, ni moins cher que d’autres destinations. Nous devons nous positionner avec un bon rapport qualité/prix. Pour l’instant, nous offrons une qualité de service très variable, loin de ce dont on peut bénéficier à l’étranger pour un prix très abordable.

Il nous reste à aborder le volet Communication. Celle-ci ne peut se faire qu’une fois les trois points précédents réalisés : un bon Produit, un bon Prix, une bonne Distribution. Dans la ligne éditoriale de cette communication, il faudra informer sur toutes les potentialités de la région, et non pas uniquement sur les avantages de certaines structures.

La méthode des 4 P étant universelle en marketing, il faut l’appliquer et évaluer ses résultats dans la durée. Si ces derniers ne sont pas bons au bout de six mois ou un an, il faut identifier celui des quatre points qui ne marche pas et apporter des corrections.

Nous tenons à rappeler qu’en tant que membres de la Confédération des Entreprises Marocaines de Surf Touristique, nous nous tenons à disposition pour travailler avec les institutions sur le marché du surf et accompagner la mise en place d’une stratégie de structuration.

Dans cette structuration, chacun doit jouer son rôle : les sociétés exercent dans la sphère professionnelle tandis que les associations œuvrent dans le social et le sport. Quant à l’informel, il doit tout simplement disparaître. Ce n’est qu’au terme de cette structuration que l’on se développera en appliquant la méthode des 4 P et en mettant les moyens pour aller chercher les clients, en faisant participer les spécialistes du domaine dans les événements, les salons, dans une optique d’intérêt général. Les membres de la Confédération des Entreprises Marocaines de Surf Touristique sont bien placés pour jouer ce rôle de promotion. Nous avons déjà engagé un plan d’action avec le Conseil Régional du Tourisme d’Agadir Souss Massa et ces actions méritent d’être diffusées pour entraîner une dynamique positive dans le secteur.

Nous avons tout ce qu’il faut dans cette région pour réussir ce tourisme de niche : le sable, le soleil, la mer à bonne température, les moyens financier, les organismes nécessaires… Tout est donc une question de volonté. Aujourd’hui, dans notre domaine, il y a des compétences, de l’expérience. Il y a des investisseurs issus du monde des affaires, capables de diriger sérieusement leurs entreprises.

De même, en poussant plus loin : pourquoi continuons-nous d’importer du matériel fabriqué en Chine et revendu par les pays européens, dont le coût final est élevé ? Pourquoi n’encouragerions-nous pas les spécialistes étrangers à s’installer ici, moyennant une exonération temporaire et une mise à disposition de terrains, à venir produire ici des planches et du matériel à prix accessibles localement et concurrentiels que nous pourrions, à notre tour, exporter vers les marchés européens en concurrençant la Chine ? Serions-nous prêts pour ce genre de projet à forte valeur ajoutée ?

En conclusion, nous avons de l’or entre les mains, à nous de le faire fructifier. Nous avons tout ce qu’il faut pour y arriver. Aujourd’hui dans le tourisme du surf, nous avons des hommes, du potentiel naturel, de la matière grise… Ayons confiance en notre capacité à réussir !

LA CONFÉDÉRATION C.E.M.S.T.

Jusqu’en 2014, seule la Fédération Royale Marocaine de Surf gérait l’ensemble du secteur sportif et touristique, y compris dans l’affiliation des sociétés et leur autorisation d’exercer.

Or, à l’instar d’autres destinations comme le Portugal ou la France, les sociétés de surf touristiques ne nécessitent pas d’autorisation supplémentaire pour exercer puisqu’elles l’obtiennent auprès du Tribunal du Commerce ; seuls leurs moniteurs doivent être diplômés. Actuellement, les sociétés de surf touristique inscrites au registre du commerce sont au nombre de 78. Comme toute entreprise, ces dernières paient des impôts, créent des emplois et contribuent de façon croissante à la fréquentation touristique de notre région. En 2015, dans le but de recadrer l’activité touristique du surf dans un cadre entrepreneurial, les sociétés se sont unies pour créer la Confédération des Entreprises Marocaines de Surf Touristique (actuellement une vingtaine de structures inscrites). Loin de vouloir couper le cordon avec la fédération, les entreprises touristiques comptent sur son action positive pour le développement de la discipline, la formation de vrais moniteurs-sauveteurs, la reconnaissance des spots du littoral marocain et la création de champions diffusant l’image du pays dans le monde entier.

Après une longue carrière en France dans la branche commerciale, Hicham Limati a fait le choix de rentrer vivre au Maroc par amour de la patrie et pour participer à son développement. Après quelques expériences en entreprises marocaines, il a décidé de s’éloigner du stress urbain et de monter sa propre affaire. Depuis 2011, il possède un magasin de location de matériel et de vente d’articles textiles sur le spot de Croco (Imourane Surf Maroc dans l’enceinte du camping) en attendant un climat plus propice au développement de son activité. Entrepreneur dans l’âme, il occupe avec ferveur la présidence de la Confédération des Entreprises Marocaines de Surf Touristique.

CEMST – presidentcemst@gmail.com