LA RESTAURATION DU KSAR TINGHIR,  UN DEVOIR DE MÉMOIRE

LA RESTAURATION DU KSAR TINGHIR, UN DEVOIR DE MÉMOIRE

Si le grand Sud marocain séduit par sa beauté, son histoire se révèle tout aussi passionnante à la lumière de son brassage de cultures et d’un savoir-vivre ensemble exemplaire. Dans la vallée du Todra, le Ksar Tinghir, mis en lumière par le film documentaire « Tinghir-Jérusalem, les échos du Mellah » de Kamal Hachkar, est un des rares ksour encore habités à ce jour. Depuis fin 2013, ce trésor patrimonial fait l’objet d’un plan de restauration promu par l’Association Mqorn et financé par l’État et la Commune, qui lui a permis de récupérer une part de sa splendeur passée. Sur les lieux, Simone Benhassi, notre Consultante en Tourisme, a rejoint Roger Mimó, écrivain spécialisé dans l’architecture traditionnelle en terre crue des vallées présahariennes marocaines. Tous deux vous invitent à un voyage dans le temps au gré des ruelles du Ksar Tinghir.

Le Ksar Tinghir a connu de nombreuses migrations qui ont fait de lui un modèle intemporel de cohabitation multiculturelle et spirituelle.

Écoutant les récits de ses grands-parents, le réalisateur Kamal Hachkar a découvert qu’à Tinghir, certains amazighs étaient musulmans et d’autres étaient juifs avant que la quasi-totalité des Juifs ne quitte l’Atlas au début des années 60. Aujourd’hui, avec le spécialiste Roger Mimó, nous découvrons une répartition ethnique du ksar encore plus complexe.
Ce dernier rassemble deux ou trois hameaux fortifiés auxquels se sont ajoutés d’autres quartiers, le tout entouré d’un mur d’enceinte agrandi plusieurs fois au cours de l’histoire. D’après la tradition orale, certains de ces hameaux dateraient de l’époque almohade, mais il n’existe pas de documents écrits pour le prouver. L’un des plus anciens est probablement celui qui a donné lieu au quartier des Aït Abdoullah Ou Houssein, situé sur la partie supérieure du plateau. Sur son côté nord se trouvent deux ruelles autrefois habitées par les Juifs, les uns venus d’Al Andalous à la fin du XVe siècle avec le Rabbin Youssef Ibn Souchane et les autres installés, semble-t-il, bien avant.

Vers l’entrée sud-est, nommée Imi n’Igrane ou « porte des champs », se trouvent les maisons de deux lignées maraboutiques, les Aït El Fkih et les Aït Bouhlal El Mchichi. Les premiers sont des maîtres du Coran venus du village d’El Hart n’Igourramen et sont les descendants du saint Sidi El Haj Amar. Les Aït Bouhlal El Mchichi sont arrivés de Tadaklout (Errachidia) et leur origine lointaine pourrait être la Zaouïa de Ouazzane, dans le Nord du Maroc.
Plus au sud se dresse un quartier bâti avant le XVIIIe siècle par les Aït El Haj Ali et composé de quatre clans, mais aujourd’hui on donne ce nom à toute la moitié sud du ksar.

De la grande place vers le nord, l’autre moitié de l’ensemble fortifié constitue le quartier des Noirs ou Ihartane, qui possède sa propre mosquée et sa porte vers l’extérieur, nommée Imi n’Darb. Dans cette partie habitaient aussi autrefois un grand nombre de familles juives arrivées plus tardivement au village. Elles y possédaient une synagogue, aujourd’hui disparue. Dans ce quartier se trouve aussi une tannerie de peaux, toujours en activité.

Vers 1730, quelques familles maraboutiques de la Zaouïa de Tamegroute (vallée du Drâa) vinrent s’installer au sud d’Aït El Haj Ali, en dehors de l’ensemble muré. Ces familles étaient commandées par Sidi Smain, dont le tombeau est couvert d’une belle coupole. Ce nouveau quartier des Aït Ben Nasser fut attaché par la suite à l’ensemble et à son extrémité sud-ouest fut bâtie une nouvelle entrée monumentale, nommée Imi n’Irarene ou « la porte des aires de battage ». Finalement, quelques familles Aït Yahia venues du Haut Atlas s’installèrent au nord d’Ihartane et créèrent leur propre accès extérieur, « Imi n’Aït Yahia », donnant à l’ensemble une forme très irrégulière.

Avec plus de trois cents foyers, le Ksar Tinghir était, au début du XXe siècle, un des plus grands de la vallée du Todra et le plus important par son activité économique. Le souk avait lieu chaque lundi au sud-est du village, près de la palmeraie. On y vendait de cent vingt à deux cents moutons et de trente à quarante bovins, ainsi que des ânes, des mulets et une grande quantité d’autres produits agricoles et artisanaux.

D’un point de vue politique, le Ksar Tinghir fut indépendant et commandé par son assemblée de chefs de famille jusqu’à l’arrivée de l’armée du Glaoui en 1919. Ensuite, il se soumit au Glaoui qui bâtit une grande kasbah sur la colline d’Ighir n’Mehalt, et lui resta fidèle, même lorsque la plupart des autres villages de la vallée du Todra se soulevèrent en 1927. À cette époque, il fut assiégé par les rebelles mais résista aux attaques successives jusqu’à l’arrivée de l’armée française en 1931. Après cette date, avec la fin des guerres tribales, il perdit sa fonction défensive et ses murs extérieurs tombèrent peu à peu en ruine, ainsi que ses cinq entrées monumentales, dont la dernière, Imi n’Irarene, fut détruite en 1998. Cependant, le Ksar est resté habité jusqu’à nos jours grâce à sa situation près du centre urbain de Tinghir et même si les familles d’origine le quittèrent pour se construire des maisons modernes à l’extérieur, d’autres familles originaires des montagnes et du désert vinrent s’y installer. Depuis 2013, il bénéficie d’un programme de réhabilitation qui vise à améliorer les conditions de vie des habitants et à récupérer les éléments architectoniques perdus. www.rogermimo.com

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LA SOURCE DE LALLA MIMOUNA

Dans la belle région de Tinghir, de nombreux sites naturels et patrimoniaux sont à découvrir, en particulier les gorges du Todra, la grande palmeraie, la mosquée Ikelane et la poterie de El Hart n’Laamine. À 50km de Tinghir, à l’entrée de Tinjdad, ne manquez pas de visiter le musée de « La Source de Lalla Mimouna », véritable hommage à l’eau, aux métiers qui lui sont intimement liés tels l’agriculture, à sa présence rare et précieuse dans le désert, à son rôle crucial pour l’humanité…

« Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part. » Antoine de Saint-Exupéry

À l’origine, la Source Lalla Mimouna était une source sauvage et naturelle en plein désert de Tinjdad. Du point de vue hydrogéologique, il s’agit d’une résurgence. L’eau de la source était potable et de bonne qualité. Mais, peu à peu abandonnée, l’eau est devenue impropre à la consommation, contaminée par les détritus accumulés sur ses abords. Un jour de 2002, Zaid Abbou, un enfant du pays qui, toute sa vie, a rêvé de sauver la Source Lalla Mimouna, a réalisé son rêve. Artiste peintre et calligraphe, il en a fait un véritable havre de paix où les eaux transparentes de la source affleurent dans des bassins de pierre.

Ce n’est pas tout. Sous les arcades et les poutres massives des salles qui entourent la source, le musée offre à voir de nombreux objets traditionnels, dont des bijoux et caftans typiquement amazighs, des poteries décorées, des bois peints à la main et des plateaux de cuivre martelés dont certains motifs rappellent la présence juive dans la région.
L’exposition fait également la part belle aux métiers ancestraux des régions sud du Maroc avec tout un attirail d’outils agricoles et d’ustensiles de maçonnerie traditionnelle utilisés pour la confection de briques en terre crue, sans oublier l’ingénieuse horloge à eau, véritable sablier liquide encore utilisé à ce jour pour la gestion de l’eau dans les palmeraies.

« Et nous avons fait de l’eau toutes choses vivantes. » Le Coran

Le musée se veut aussi un jardin des mots avec de belles citations sur le thème de l’eau immortalisées en mosaïque. Ne manquez pas de visiter ce lieu plein de poésie cité dans le célèbre Guide du Routard / le guide allemand Reise Know How et sur www.Tripadvisor.fr. Entrée : 50 Dhs.

simone.benhassi@gmail.com – Gsm : 06 67 49 22 02

COUPS DE CŒUR 

Hotel Tomboctou – Tinghir
Tél. : 05 24 83 51 91
www.hoteltomboctou.com/hotel-tinghir/fr

Gîte-Restaurant au Ksar El Khorbat
Tél. 05 35 88 03 55
www.elkhorbat.com

Pour un séjour sur mesure :
Suprateamtravel à Tinghir
Tel : 05 24 83 29 89
www.supratravel.com/fr