L’ANTHOLOGIE DE L’AÏTA

L’ANTHOLOGIE DE L’AÏTA

SAUVEGARDE D’UN PATRIMOINE

Le patrimoine immatériel fait l’objet d’un intérêt particulier de la part des Nations Unies et plus précisément de l’UNESCO. Les politiques culturelles des pays signataires du Programme de développement durable à l’horizon 2030 travaillent d’arrache-pied sur ce sujet qui, dans le cas de pays comme le Maroc, revêt une dimension particulièrement intéressante. En effet, la préservation de notre patrimoine immatériel implique une dimension humaine qui ratisse large en couvrant des champs comme le développement durable, la lutte contre l’exclusion sociale, la préservation de l’identité culturelle, voire la lutte contre l’inégalité hommes et femmes et bien plus, selon les contextes. Tout ceci pour dire l’ampleur du champ de la sauvegarde du patrimoine immatériel et introduire cette anthologie de l’Aïta dans ce qu’elle a d’essentiel pour illustrer l’approche de notre politique culturelle.

GENÈSE DE L’ANTHOLOGIE

Le projet de l’Anthologie de l’Aïta est une production de l’Association Azawan de promotion des cultures et des musiques, basée à Agadir. Proposée et dirigée avec grande expertise par Brahim El Mazned, la réalisation de ce projet a été l’occasion d’une grande expérience humaine, intense et formatrice. L’agence AZIGZAO a eu le privilège d’être sélectionnée pour accompagner la réalisation de ce chef-d’œuvre, véritable exemple de projet culturel nécessaire à la sauvegarde de notre patrimoine et à la valorisation de nos esthétiques musicales, ainsi que des artistes qui entretiennent ces styles musicaux. Résultat de 18 mois d’intense travail : un magnifique coffret en 3 langues, accompagné de 10 CD audio de plus de 70 chansons de l’Aïta enregistrées dans le prestigieux Studio Hiba et qui ont mobilisé plus de 250 artistes venus des territoires du Maroc qui pratiquent ce genre de musique.

LE PRIX CHARLES CROS

L’Anthologie de l’Aïta a eu l’honneur d’être distinguée par la prestigieuse Fondation Charles Cros en décrochant le prix 2017 dans la catégorie Musiques du Monde. Une belle récompense internationale qui reconnaît le travail sur ce genre musical ancestral comme nécessaire à enregistrer parmi le patrimoine musical marocain. Le Jury du Prix Charles Cros a souligné l’importance de la valorisation du rôle de la femme marocaine dans la création artistique et plus précisément de cette esthétique musicale populaire dont l’histoire témoigne de l’apport des communautés rurales dans le paysage musical marocain. Le projet de cette anthologie a permis d’enregistrer plus de 30 groupes de l’Aïta couvrant tous les genres et territoires de cette musique dans des conditions techniques très performantes. Une action majeure dans la préservation de ce patrimoine pour les générations à venir.

ARTISTES DE L’AÏTA ON AIR

«…Quelle ne fut pas notre surprise de voir la rigueur et le professionnalisme dont ont fait preuve tous les artistes venus contribuer à réaliser cette anthologie dont ils ont parfaitement saisi l’importance ! Leur souci : être authentiques, restituer les sons et les rythmes le plus fidèlement possible et permettre à cette anthologie de compter parmi les grandes références de ce genre musical dont la perpétuation est un sujet d’inquiétude pour tous. Ainsi, durant quinze jours d’enregistrement intensif, près de 200 artistes ont pu accéder au studio d’enregistrement pour immortaliser un pan essentiel du patrimoine culturel du Maroc. Un défilé d’artistes que les plus jeunes étaient impressionnés de côtoyer, tant leurs personnalités étaient fortes. L’on percevait sans effort que l’école de la vie avait été leur terrain d’évolution naturel…»

LE MIROIR D’UNE SOCIÉTÉ

«…Nommée aïta (cri ou appel), cette musique, s’affichant sous des formes variées et surprenant par sa liberté de ton, a émergé à la fin du XIXe siècle dans les régions agricoles du Maroc. L’Aïta cristallise les sentiments amoureux et personnalise les souffrances et espoirs du peuple à travers le chant. Véritable source historique et sociologique, elle renvoie à une critique affinée de la société, à travers une intensification quasi-tragique des sentiments populaires. L’art de l’Aïta est d’autant plus remarquable quand il s’instaure porte-parole du peuple qui s’exprime. Principalement le fait d’artistes femmes, l’Aïta suscite un renouveau d’intérêt au XXIe siècle. Une nouvelle génération, représentée par des artistes comme Ouled El Bouâzaoui, Khadija Margoum ou Oueld M’Barek, a repris le flambeau et conserve l’authenticité de cet art… » Extrait de l’Anthologie de l’Aïta.

UNE AFFAIRE DE FEMMES

« …Malgré sa dimension féminine, l’aïta s’est caractérisée un certain temps par l’absence de femmes sur scène. Parmi les grandes dames qui ont su réconcilier les citadins avec leurs racines paysannes ou montagnardes, on peut citer la regrettée Fatna Bent l’Houcine. Mais l’expansion de l’art de l’Aïta dans les villes émergentes a eu lieu dans les années 1950 grâce à d’éminents artistes tel que le jovial violoniste Maréchal Mohamed Kibbou et Bouchaïb El Bidaoui. La dimension orale en est une composante fondamentale. Elle est incarnée par la profonde voix des « cheikhates », porte-paroles de leur communauté. Cet hommage est une contribution à la réhabilitation de l’art de l’Aïta en tant que patrimoine fragile. On y consigne les genres majeurs, les figures emblématiques, les thèmes abordés, la relation des artistes à leur environnement, la place de la femme et le rôle social de l’Aïta… »

L’ANTHOLOGIE À L’IMA À PARIS

L’Institut du Monde Arabe ouvre sa nouvelle saison de Mars en célébrant l’art de l’Aïta et en rendant hommage aux cheikhates à travers « Voix de femmes ». Les organisateurs déclinent leur approche en ces mots : « Bravant les interdits, les quolibets voire le mépris, de « sacrées bonnes femmes » du monde arabe d’hier ont brûlé les planches. Celles d’aujourd’hui leur rendent hommage, en reprenant un héritage qu’elles ont à cœur de faire redécouvrir, de réinterpréter et de magnifier». Le programme propose projections de films, débats, tables rondes et échanges autour de l’art de l’Aïta. D’autres moments forts ponctueront cette programmation dont une soirée hommage à laquelle participeront deux divas de l’Aïta que sont Khadija Lbidaouiya et Khadija Margoum que vous pouvez apprécier parmi les autres grands artistes de l’Aïta sur le coffret prestigieux de cette anthologie hommage.