LE CIRQUE SHEMS’Y DE SALÉ

LE CIRQUE SHEMS’Y DE SALÉ

UNE ÉCOLE DE LA VIE !

Nous assistons aujourd’hui, et malheureusement de plus en plus, à une recrudescence de la violence au sein de la société. Le Maroc n’est pas un cas isolé. Le monde entier se retrouve confronté à de multiples manifestations d’hostilité et d’agressivité qui mettent en péril l’humanité toute entière. Heureusement, les bonnes initiatives existent et l’exemple de l’Ecole Nationale de Cirque Shems’y de Salé est un modèle que nous avons souhaité mettre en avant. Une façon de démontrer l’importance de la culture et de l’enseignement de l’Art pour faire face à l’exclusion sociale, le communautarisme, l’extrémisme. En effet, pour prévenir ces prémices d’une société en manque de repères, l’Art et la Culture ont toujours su, et ce, depuis la nuit des temps, jouer un rôle majeur dans la construction et l’encadrement de jeunes dont l’énergie ne cherche qu’à être sublimée.

AUX ORIGINES…

« Donner envie de vivre ensemble, de reprendre goût à la vie, de donner un sens à leur avenir », tel a été le dessein de l’Association Marocaine d’Aide aux Enfants en Situation Précaire (AMESIP), reconnue d’utilité publique, lorsqu’elle a décidé d’offrir un cadre d’épanouissement à tous ces jeunes enfants en difficulté qui se retrouvent dans les rues, livrés à eux-mêmes. Ainsi, en 1999, elle a eu l’ingénieuse idée de créer l’Ecole de Cirque Shems’y afin d’offrir à des centaines d’enfants la possibilité d’exploiter leur talent. C’est justement là tout le pouvoir des arts urbains notamment le cirque, qui parvient à trouver les bons mots, les arguments qu’il faut, pour attirer ces jeunes sur le bon chemin et leur inculquer des valeurs socialisantes. Un défi hautement relevé car cette institution est devenue aujourd’hui un des tremplins majeurs du Royaume.

UNE PLATEFORME PROFESSIONNELLE

Depuis plus de 8 ans, l’École de Cirque Shems’y est la première institution au Maroc à assurer la formation professionnelle des artistes de cirque en alternance. Cette plateforme met ainsi en avant et perfectionne le talent inné ou acquis de chaque élève qui est davantage exploité, mis en valeur, transformé en savoir-faire, savoir-être. Une compétence valorisée et reconnue par des diplômes d’état d’artistes de cirque du Ministère de la Formation Professionnelle. En plus des arts du cirque, les élèves y sont initiés aux métiers du spectacle et en régie technique. Le parcours académique qui répond au principe d’alternance temps de formation et temps professionnel, leur permet de se découvrir toutes les facettes du monde du spectacle. Ce vivier de talents permet de répondre, entre autres, aux réels besoins en la matière du marché marocain et au-delà de nos frontières.

SOUS LE CHAPITEAU

Qui dit cirque, pense inévitablement aux spectacles que l’on a souvent le plaisir de découvrir sous le chapiteau et qui constitue la palette des spectacles vivants. Des disciplines aériennes, en passant par l’acrobatie, l’équilibre, jusqu’à la manipulation d’objets, l’École Nationale de Cirque Shems’y prépare à toutes les compétences d’un artiste complet selon la spécialisation. Elle leur permet aussi de travailler l’interprétation, le jeu sur scène, le choix d’une thématique inscrite dans une recherche artistique en phase avec la société dans laquelle on évolue. Autant d’acquis, en plus de la formation dispensée en arabe et en français, qui font de l’École Nationale de Cirque Shems’y une référence, un pont de la précarité vers la lumière, sous le feu des projecteurs, un tremplin de la Méditerranée vers l’international. Tout se passe à la Kasbah des Gnaouas de Salé !

ILS ONT DIT…

Les témoignages des jeunes apprentis de l’École Nationale de Cirque Shems’y sont la plus belle preuve de la passion qui anime chacun d’eux. En voici quelques-uns : «Ici, j’ai trouvé ma passion » ; « Le cirque, je veux en faire mon métier », « Avant, je passais mon temps à faire des acrobaties sur les plages de Salé ou dans les terrains vagues près de mon quartier. Aujourd’hui, je profite d’une formation professionnelle » ; « Les gens ne nous prennent pas au sérieux. Ils nous voient comme des clowns, pas comme des artistes. Il faut que cette vision change » ; « l’école nous aide en tout (…) et nous sommes payés pour les spectacles auxquels nous participons », etc. Ces propos démontrent l’engagement et la ferme implication de ceux qui ont choisi cette voie plutôt qu’une autre, mais aussi l’envie de toujours mieux faire pour porter la profession encore plus loin.

DES AMBASSADEURS SLAOUIS

Tous les lauréats issus de l’École Nationale de Cirque Shems’y sont avant tout les ambassadeurs de toute une ville, de tout un pays. Grâce à l’encadrement de qualité qu’ils ont reçus, ils sont la preuve de l’abnégation dans le travail, de la réussite au bout de l’effort. Cet accomplissement à la fois personnel et professionnel est aussi l’étendard de l’image de la ville de Salé qui peut être fière d’eux. Une initiative portée et rendue possible grâce, notamment, à l’intervention « de femmes et d’hommes de bonne volonté qui ont décidé d’agir en mettant en place une stratégie de développement de proximité, pour faire régner le vivre-ensemble dans nos quartiers », explique Touraya Jaidi Bouabid, Présidente de l’AMESIP. Et d’ajouter : « notre engagement a été d’améliorer le quotidien de ces enfants, de les éduquer et de leur transmettre des valeurs universelles. »

DE L’ART POUR S’ÉMANCIPER

L’art et la culture sont assurément des vecteurs d’émancipation sociale, et le cas de l’École Nationale de Cirque Shems’y en est la preuve. Dans ce cas-ci, le cirque est une échappatoire, qui a permis aux jeunes slaouis, rbatis et des environs de s’affirmer en tant qu’individus. Ce premier pas de franchi ouvre une porte concrète vers la réinsertion sociale à travers la pratique artistique. Du concret, c’est justement ce dont a fait preuve l’École de Cirque Shems’y. À travers leurs représentations, les jeunes artistes s’accomplissent et partagent le fruit de leur travail avec le grand public. « L’art ne se crée pas, ne se contrôle pas, ne s’encadre pas. L’art est un ferment inépuisable et sans cesse renouvelé de l’émancipation individuelle et sociale. Il nous élève vers des nouveaux sommets d’humanité. », dit Simon Brault, Directeur du Conseil des Arts du Canada.

UN EXEMPLE À DUPLIQUER

Si l’on s’arrête sur ce sujet, c’est pour justement rappeler l’importance de porter un combat et de belles initiatives telles que cette success story. L’idée est d’en inspirer de nouvelles, mais aussi et surtout de voir dans quelles mesures dupliquer cet exemple dans d’autres villes du Maroc. Canaliser l’énergie des jeunes est le propre de l’art, nous ne cesserons de le rappeler. Le phénomène des enfants de la rue est hélas réel de nos jours. Il suffit de faire un tour à Jemaâ El Fna, un soir de week-end, un détour au quartier Battoir d’Agadir ou encore dans les environs du Port de Tanger pour malheureusement tomber sur des enfants qui peuvent sombrer dans la délinquance. Cette situation a aujourd’hui une solution et elle est à portée de main. Associations, maisons des jeunes, centres d’accueil, bonnes volontés, nous en appelons à l’implication de tous.

DES PARTENARIATS SOLIDES

Revenons une fois de plus sur la démarche artistique menée par l’École Nationale de Cirque Shems’y, comme solution inspirante, qui s’appuie, au fil des années sur de solides partenariats qui font sa renommée actuelle. Citons en exemples des conventions opérationnelles de coopération avec notamment l’Ambassade de France au Maroc, la Coopération Belge au Maroc et l’Ambassade de Finlande au Maroc. L’École Nationale de Cirque Shems’y s’est également illustrée par ses représentations, en théâtre ou sous chapiteau, de cirque contemporain dans différentes villes du Maroc. Ainsi, elle a collaboré avec de nombreux artistes tels que Jaouad Essounani (Isli d Tislit / Yettou), Guillaume Bertrand (Djinn Tonic), Thierry Poquet (Ambouctou). À travers leur légitimité artistique et leur statut, les jeunes lauréats sont les porte-étendards de la culture et des valeurs marocaines.

KARACENA, LA BIENNALE DU CIRQUE

Quoi de mieux pour ancrer dans l’esprit de tous la magie du cirque qu’un rendez-vous artistique dédié. KARACENA, la biennale des arts du cirque et du voyage, créée en 2006, est le cadre propre à la ville de Salé où les pépites de l’Élcole Nationale de Cirque Shems’y partagent avec toute la ville de Salé l’aboutissement de leur travail. « Cette biennale est résolument engagée dans une démarche de production solidaire de spectacle vivant. Elle tisse un lien entre histoire, mémoire, patrimoine, architecture et création contemporaine », explique Touraya Jaidi Bouabid, Présidente de l’AMESIP qui en a l’initiative. Penser, créer, présenter, partager, telles sont les bases de cet événement inédit qui s’inscrit dans la programmation de l’agenda culturel de la ville de Salé et du Royaume entier comme un événement incontournable. Vivement la prochaine édition en 2018 !

SHEMS’Y, C’EST AUSSI…

Au-delà du cirque, l’AMESIP s’intéresse à d’autres domaines. À travers l’École des Arts Culinaires Shems’y et l’École des Arts Équestres Shems’y, l’Association continue dans sa démarche, ô combien honorable, d’apporter son aide à ceux qui en ont le plus besoin. L’objectif principal étant de favoriser l’insertion sociale et professionnelle à travers la formation et le suivi inhérent. Entre autres missions : développer les aptitudes en matière de sociabilisation, apprendre à écouter son prochain, développer un certain nombre de savoir-faire, pour ne citer que ceux-là. Au sein de l’École Nationale des Arts Équestres, le cheval est non seulement une thérapie mais aussi une façon de donner du sens à sa vie. L’institution propose des formations pour devenir palefrenier, cavalier, groom, voltigeur, etc. Pour plus d‘informations, visitez le site http://www.amesip.org.