LES ARCHITECTES DU SOUK AL HAD D’AGADIR

LES ARCHITECTES DU SOUK AL HAD D’AGADIR

« Le Souk Al Had d’Agadir est spécial,… parce qu’il est vivant ! Il fait partie de notre quotidien et surtout, il peut vraiment répondre aux attentes des citoyens d’Agadir et des visiteurs, que ce soit des touristes nationaux ou étrangers. Il est également une magnifique opportunité de présenter l’artisan, de le valoriser et de raconter son histoire. »
C’est en ces mots que Samira Saoudi, Architecte de la réhabilitation du Souk Al Had d’Agadir nous a ouvert son cœur lors d’une interview exclusive accordée à Agadir Première où elle partage avec vous l’approche humaine et professionnelle adoptée dans son expérience de réhabilitation du Souk Al Had.

« Je ne suis pas native d’Agadir, mais je suis tombée amoureuse de cette ville et … j’y suis restée ! »

Casablancaise « complètement séduite » par le charme d’Agadir (ses paysages uniques, ses couleurs, les villages amazighs…) et ses habitants dès sa première visite, Samira Saoudi, alors jeune étudiante, a choisi de s’y installer définitivement en 1989, à la surprise de sa famille. Cette passion, elle l’a transposée sur ses études en travaillant sur le thème de la reconstruction de la ville d’Agadir dans le cadre de son diplôme. En effet, cette « expérience unique » de renaissance de la ville a suscité énormément d’admiration chez cette architecte de profession, notamment par la mobilisation du peuple marocain après le séisme dramatique du 29 février 1960 et par l’apport des architectes venus de partout.
« Mon voeu, c’est que l’on fasse notre Docomomo* régionale pour pouvoir obtenir des fonds et enfin réhabiliter et protéger le patrimoine architectural exceptionnel de notre ville. » *(DOcumentation et COnservation des bâtiments du MOuvement MOderne)

De nos jours, la réécriture de cette histoire se poursuit avec le projet de réhabilitation du « marché du dimanche », traduction littérale de « Souk Al Had », qui ouvre aujourd’hui ses portes toute la semaine, sauf le lundi, et accueille près de 50.000 visiteurs par jour. Préserver, réhabiliter et embellir ce bijou architectural, telle était l’ambition de Samira Saoudi bien avant d’être appelée à y participer. Depuis fort longtemps, sa vision était d’en faire une vraie médina porteuse d’une identité culturelle authentique, chose qui manquait énormément à Agadir. Comme une prémonition, elle éprouvait déjà ce sentiment à chaque fois qu’elle arpentait le souk, un sentiment de manque malgré la consistance du lieu, autrement dit la nécessité de raviver une âme « qui parle aux gènes anciens » des visiteurs marocains.

« La ville d’Agadir n’a pas de médina traditionnelle parce qu’elle a été reconstruite d’une façon nouvelle.»

Par conséquent, ce projet actuel de réhabilitation du Souk Al Had d’Agadir a constitué pour cette architecte citoyenne, une opportunité en or de raviver l’âme du souk et son tissu traditionnel pour permettre aux habitants d’Agadir, comme aux touristes nationaux et étrangers, d’avoir un espace public convivial de style traditionnel qui interpelle leurs sens et qui n’existe nulle part en dehors de ses murailles.

Plusieurs opérations d’aménagement et de rénovation ont eu lieu durant ces dernières années. Toutefois, une fois le diagnostic des lieux effectué, Samira Saoudi a découvert que des dysfonctionnements persistent et qu’il était urgent d’entamer une réflexion pour mettre en évidence les contraintes et les potentialités du Souk.
Ainsi, une charte architecturale dédiée au Souk Al Had d’Agadir a vu le jour. La décision de rénovation des 13 portes du souk a donc été prise à la fois pour régler des problèmes techniques et pour basculer en parallèle « vers une remise à niveau identitaire ». Inspirés d’anciennes arcades de mosquée d’Agadir Oufella, des tapis berbères et du riche patrimoine des provinces avoisinantes (Tiznit, Tata, Taroudannt, Ouarzazate), les modèles des portes, des coupoles et des faux-plafonds camouflant les charpentes, ont été conçus pour incarner les références locales et régionales typiques. Pour honorer la porte, cet élément qui symbolise fortement, dans notre architecture marocaine, des valeurs humaines comme l’hospitalité et la générosité, l’architecte a voulu intégrer cette marque identitaire spécifique à la culture locale dans ce processus de réhabilitation. Ainsi, « Chaque porte est unique et chaque coupole est unique ».

« Je ne veux pas d’un mall,… Moi, ce que je souhaite, c’est l’équivalent d’une médina. »

Pour faire aboutir sa vision de remise à niveau de cet édifice monumental sans le dénaturer, l’adapter aux normes de sécurité-incendie requises et le doter de services élémentaires (éclairage, assainissement, signalisation, sanitaires et équipements de base) tout en préservant son identité culturelle, Samira Saoudi a dû convaincre. En effet, la réussite de ce projet réside dans la cohésion et le partage d’une vision commune. Une équipe pluridisciplinaire a participé à l’élaboration des études : géomètre, architectes, bureau d’études structures, bureau d’études spécialisé (confort thermique, photovoltaïque, courant faible, économie de ressources) laboratoire et économiste. Les différentes parties prenantes partagent une haute exigence au niveau du respect des procédures et dans le suivi et l’accompagnement des travaux.
« Le travail de l’architecte consiste à imaginer le projet, arriver à convaincre les parties prenantes, obtenir le budget nécessaire pour réaliser le projet, et enfin trouver l’entreprise qui s’intéresse elle aussi au projet et qui sera à même de se l’approprier.», à l’inverse du peintre, ou du sculpteur, qui exécute lui-même son œuvre.

« Dans l’ensemble de mon travail, je veux absolument rendre hommage à l’artisan et à l’artisanat. »

Plus encore, dans le but d’une parfaite concrétisation de ses idées, l’architecte a tenu à s’impliquer personnellement dans le processus de mise en œuvre du projet. Pour ce faire, elle a dû mobiliser toute une brigade de maîtres artisans et d’artisans (4 à 5 équipes), intégrer ce capital humain qui travaille dans l’ombre et mérite toute notre gratitude dans le processus de réalisation, chercher de la matière et interpeller des laboratoires pour sélectionner des matériaux durables (pierre, bois, peintures, enduits…) adaptés à un tel espace commercial à forte concentration, confronté continuellement aux risques d’incendie.

« Personnellement, le projet du Souk Al Had, c’est le projet de ma vie ! »

En tant qu’« Architecte qui adore le mouvement moderne », Samira Saoudi a pourtant privilégié la restauration de l’univers traditionnel, plein d’odeurs, de couleurs et de sociabilité du Souk Al Had d’Agadir au lieu de le raser complètement. Pour y parvenir, elle a investi dans ce travail, pointu et passionnant, une incroyable énergie, dans le but de préserver ce patrimonial matériel miroir de l’histoire de la Région Souss-Massa, du Sud et du Maroc entier. Sa foi énorme en ce projet l’a conduite à suivre inlassablement son exécution jusqu’au bout, de la conception à la réalisation.

CABINET D’ART & D’ARCHITECTURE
Mme SAOUDI Samira
Tél : 05 28 82 52 58

ALI IRIZI, ARCHITECTE SENSIBLE À L’ENVIRONNEMENT

Pour son imposant programme de réhabilitation, le Souk Al Had d’Agadir a eu la chance d’être pris en main par deux architectes passionnés, Samira Saoudi et Ali Irizi, tous deux défenseurs du patrimoine matériel et immatériel, de l’environnement naturel et socioculturel et des techniques architecturales anciennes.

Amoureux de la nature et féru d’ornithologie, l’Architecte Ali Irizi s’attache à donner à ses projets professionnels une direction sensible aux questions environnementales. Cette approche se matérialise par une attention particulière au rapport des projets avec leur site, ainsi qu’à l’emploi de matériaux locaux. En plus de garantir une intégration naturelle aux projets, cette approche respectueuse leur assure une indispensable durabilité.

Également Membre du Conseil Régional de l’Ordre des Architectes du Sud, Ali Irizi aime participer activement à plusieurs associations œuvrant dans le domaine social et environnemental.  Originaire de l’Anti-Atlas, l’architecte dédie son temps libre à parcourir l’arrière-pays avec trépied et téléobjectif pour étudier le comportement des oiseaux et plus particulièrement des rapaces qui feront l’objet de sa prochaine thèse de doctorat. Membre de divers groupements ornithologiques du Maroc, Ali Irizi a produit de splendides clichés qui ont fait l’objet d’expositions photographiques. Une si belle empathie pour la vie ne peut que resplendir sur l’âme du Souk Al Had d’Agadir.

Cabinet d’Architecture IRIZI
Tél.: 05 28 21 58 13