MALIKA CHEBANI, INSTRUCTRICE DE PLONGÉE

MALIKA CHEBANI, INSTRUCTRICE DE PLONGÉE

À l’heure où nos institutions touristiques et économiques prennent conscience des opportunités de la plongée sous-marine de loisir en Région Souss Massa, nous avons rencontré une citoyenne gadirie hors du commun, Malika Chebani, première femme marocaine devenue instructrice de plongée. Avec plus de 16 ans d’expérience à son actif, cette battante nous parle de son parcours et de son regard sur les possibilités touristiques de plongée loisir dans notre région.

« Je suis fière d’avoir grandi au Maroc et d’avoir été la première femme marocaine instructrice de plongée. »

« Tout a commencé à l’époque où j’étais enseignante de français. J’avais du temps libre et je cherchais une piscine où pratiquer la natation. Par un heureux hasard, j’ai croisé une de mes anciennes élèves de collège, Nadia Aarab, qui exerce aujourd’hui en Norvège dans le domaine de la biologie sous-marine. Quand je lui formulai mon envie de nager, elle me proposa de la rejoindre à la piscine municipale où se déroulait une formation. Dès ce moment-là, j’ai eu envie d’aller plus loin. En 2002, j’ai donc quitté l’enseignement et suis partie suivre ma formation à Carry-le-Rouet, près de Marseille, où j’ai obtenu mes brevets de plongée (Certification américaine PADI, Licence française FFESSM et son équivalence internationale CMAS). J’y suis restée jusqu’à atteindre le niveau 4, puis le niveau d’Assistant Instructeur. C’était éprouvant, j’ai dû assimiler d’énormes classeurs de théorie, m’entraîner parfois dans des eaux à 12°C… mais je tenais absolument à réussir. C’était une question d’honneur.

Comme je visais le grade d’instructeur, j’ai tenté une première fois de le passer à Carry-le-Rouet, mais je n’ai pas réussi à ce moment-là. Je suis donc rentrée un moment me reposer au Maroc, puis je suis partie à Charm el-Cheikh pour le passer via la formation américaine PADI qui possède des centres sur tous les continents. Là encore, je n’ai pas pu aller jusqu’au bout et j’ai reporté le projet à l’année suivante. Après avoir retravaillé mes connaissances, j’ai repassé mon examen à Cannes-la Bocca, à côté de Cannes, et cette fois, je l’ai enfin réussi. L’ensemble de la formation a été difficile, j’ai beaucoup souffert, mais j’ai vu des choses magnifiques. C’est donc motivée et la tête pleine d’idées que je suis rentrée à Agadir. J’ai d’abord créé une association féminine de plongée sous-marine : « La Sirène Bleue », puis j’ai commencé à former hommes, femmes et enfants en piscine jusqu’à ce jour. Actuellement, je travaille au lancement de groupes d’enfants plongeurs en partenariat avec les écoles et je prépare l’ouverture d’un local dédié à la plongée loisir sur le littoral de Tamraght.

« Le cadre d’exercice de la plongée touristique est encore mal défini au Maroc. Au-delà de l’inscription au registre du commerce et du diplôme d’instructeur reconnu par l’Etat marocain, il y a confusion entre structure commerciale et association. »

Il y a beaucoup à faire dans la région en matière de plongée touristique, moyennant le respect de certaines règles élémentaires de sécurité. Pour programmer une sortie, il faut vérifier la météo, les courants, choisir un site adapté, rencontrer le touriste et veiller à ce qu’il présente les conditions physiques requises, s’assurer qu’il n’a pas veillé, pas fumé, pas bu d’alcool, pas trop mangé… Il vaut mieux reporter une plongée au lendemain que de risquer un accident.

Ensuite, au-delà du simple baptême, si les touristes veulent suivre une formation, ils doivent présenter un certificat médical de non contre-indication de plongée.

« Plus les niveaux de formation en plongée augmentent, plus la vigilance est de mise. »

Au moment de la plongée, nous, les instructeurs, devons encadrer les touristes et décider de la profondeur à respecter ; nous veillons à ce qu’ils respirent bien et les faisons remonter en cas de faiblesse. Dans notre région, nous devons maintenir une profondeur inférieure à 20 mètres, là où il n’y a pas d’accident de décompression car il n’existe pas de caisson hyperbare dans le Sud du Maroc. Le pays en possède deux, l’un à Casablanca et l’autre dans le Nord du pays.

D’un point de vue touristique, l’état de la mer conditionne la plongée. La haute saison se situe dans la période des beaux jours, quand la mer est calme, qu’il y a peu de vagues et que la visibilité est bonne.

La plongée se pratique aussi dans le respect de l’environnement. Il faut veiller à ne pas labourer les fonds marins avec les palmes et le matériel de plongée. La formation PADI est d’ailleurs très stricte à ce sujet.

Il y a encore beaucoup d’autres idées à développer pour les touristes. Par exemple en piscine, on peut organiser des soirées baptêmes de plongée avec une animation lumineuse à la surface de l’eau. Lorsque mon local sera opérationnel à Tamraght, j’ai aussi en tête d’organiser une journée Portes Ouvertes avec des baptêmes de plongée ou du snorkeling (randonnée palmée) juste au bord de l’eau.

« C’est en plongeant que l’on voit toute la beauté de la création divine. »

Aucun endroit dans le monde n’est mieux ou moins bien pour plonger. Sur notre littoral atlantique, les plongeurs peuvent trouver des espèces de faune et de flore qu’ils ne trouveront pas ailleurs. Notre océan a sa propre dynamique. Tout autour d’Agadir, les fonds sont couverts de « jardins » riches en gorgones, des plantes qui vont du jaune à l’orange en passant par le blanc. Même les fonds d’Anza présentent toutes sortes de variétés d’éponges. Nous avons de faux préjugés sur la qualité des eaux d’Anza. J’ai eu l’occasion d’y plonger en repérage et j’y ai découvert un jardin magnifique. La position du soleil joue aussi beaucoup dans la mise en valeur des fonds. Le meilleur moment est celui où ses rayons sont obliques. Récemment, lors d’un atelier scientifique avec des enfants, nous avons découvert des lièvres de mer gris avec des points blancs qui sont des mollusques gastéropodes d’une grande beauté. À Tamraght, nous avons trouvé une belle étoile de mer noire et orange. Le long de la digue qui fait face au Club Med, on voit aussi des nudibranches de toutes les couleurs et j’y ai déjà croisé un banc de Saint-Pierre. On ne peut rien promettre avant la plongée mais la mer réserve toujours des surprises. S’il y a la mer, il y a la vie ! »

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