PATRICE LE TIXERANT, L’ARCHITECTE QUI A VU RENAÎTRE AGADIR

C’est avec beaucoup d’émotion que nous rendons ici hommage à Patrice Le Tixerant, Architecte-urbaniste qui a marqué la mémoire d’Agadir etnous a quittés le 24 octobre dernier… La passion qui animait l’homme suscitait l’admiration, elle était communicative. Porté par son amour pour le Maroc, Patrice Le Tixerant aimait s’inspirerde ses lignes architecturales, à l’image du complexe hôtelier Igoudar&Tagadirt qui figura dans la liste restreinte du prix AgaKhan (cycle 1986). Une autre de ses réalisations majeures, le Palais des Congrès de Marrakech, mêle lignes contemporaines et mauresques en parfaite harmonie avec la ville ocre. Avant de se laisser séduire par les architecturesméditerranéennes, Patrice le Tixerant était avant tout connu pour être un adepte du mouvement moderne et des préceptes de la Charte d’Athènes. Sa contribution à la réalisation des Résidences Talborjt en est un superbe exemple. Basée sur l’excellence, la direction de travail de l’Architectefut un modèle pour la profession et des générations de confrères.

Patrice Le Tixerant arriva à Agadir en 1969, alors que pratiquement seuls les bâtiments de la reconstruction étaient en place.

Faisant partie de la génération des disciples de Le Corbusier et de Kenzo Tange, il fut stupéfait de la qualité de ces bâtiments qui incarnait si bien leur orientation de travail. Né à Lille d’une famille champenoise, Patrice Le Tixerant effectua, dans les années 60, ses études à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Artsde Paris, travaillant, en parallèle, chez un architecte. Diplômé, il envisageait un Master of Régional Planning aux USA mais l’effervescence de Mai 68 le retint à Paris où il ouvritune agence avec des amis. Son destin l’attendait pourtant au Maroc qui avait besoin d’architectesurbanistes…

Extrait de l’intervention de Patrice le Tixerant à la table ronded’Agadir Première n°40 :« L’habitat social et son nouvel impact sur la société marocaine. »

« Parlant du sens de la ville, on parle de deux approches particulières de la ville : de la raison et du coeur. Si, aujourd’hui, l’homme ne retrouve pas le fonctionnement de ces deux approches et ne sait pas les mettre en équilibre, on n’aura jamais de réponse. Si l’on se sent bien dans les rues d’Essaouira, c’est parce que cette ville a du sens et qu’elle interpelle notre coeur, bien que les choses soient en train de changer. Si vous regardez Paris de plus près, vous remarquerez qu’à chaque pas, il y a présence d’une douceur, d’un geste de compassion, d’amour, malgré la dureté de l’endroit. C’est aussi le cas à Essaouira ou dans la médina de Fès… Voilà ce qui fait que ces villes ont un sens. De quoi est fait ce sens ? Tout ce qui a été dit jusqu’à présent a été abordé par la raison. Prenez l’exemple des escaliers qui sont un vrai problème dans notre ville. Vous avez, à Rabat, des escaliers des années 30, qui sont d’une douceur totale, assortis d’une série de précautions avec une rampe étudiée pour tous les âges. C’est ça la dimension du coeur, et c’est ce genre de choses qui donnent une dimension à la ville. »