REPENSER L’AVENIR TOURISTIQUE D’AGADIR

REPENSER L’AVENIR TOURISTIQUE D’AGADIR

AVEC L’AGENCE BOUNTY TOURS

La question du présent et de l’avenir touristique d’Agadir est au cœur des préoccupations générales. Pour mieux cerner les perspectives de cette activité économique majeure de notre ville, nous nous rapprochons régulièrement des professionnels du milieu. A-t-on raison de persévérer à vouloir relever ce secteur en souffrance ou devons-nous rebondir sur une économie parallèle pour retrouver une activité florissante ? Le débat est lancé et une certitude se profile : l’Agadir touristique de demain ne pourra en aucun cas être identique à celui d’hier, même si tout le monde l’évoque encore avec nostalgie. De cité balnéaire, Agadir est devenue un grand ensemble urbain à la démographie galopante… Témoin de toute l’évolution touristique d’Agadir, M. Mohamed El Hamriti, Directeur Général de l’Agence de voyages Bounty Tours, nous livre sa vision intéressante sur la question.

VOTER POUR LES BONS PROGRAMMES

« À Agadir, nous ne manquons pas de cerveaux aptes à trouver des solutions à notre crise touristique. Malheureusement, trop de citoyens se contentent de critiquer et ne font pas l’effort d’aller aux urnes pour élire des candidats porteurs de vrais programmes de valorisation touristique pour la ville. Il s’agit pourtant du premier bon réflexe à adopter dans nos efforts pour remonter notre tourisme. Par ailleurs, quand notre Conseil Régional du Tourisme publie des communiqués officiels de chiffres détaillant les arrivées et les nuitées, la réalité se trouve faussée puisqu’environ 60% à 70% des vols débarqués à Agadir sont immédiatement acheminés en autocar vers Marrakech. Ces arrivées sont pourtant enregistrées dans les statistiques d’Agadir et la publication de ces chiffres positifs, relayés par la presse, donnent une fausse impression d’activité touristique satisfaisante. »

RENDRE NOTRE VILLE ACCUEILLANTE

« Parmi les solutions à la crise, beaucoup réclament de faire venir des avions. Mais sommes-nous prêts à les recevoir ? Dans un premier temps, il faudrait songer à préparer le terrain en commençant par le commencement, c’est-à-dire arranger la ville, tout ce qui est visible et qui ne requiert pas de grande stratégie : l’éclairage, la sécurité, l’assainissement, les espaces verts, la signalétique… Nous ne pouvons pas proposer à nos clients de faire des choses dont nous ne sommes pas nous-mêmes convaincus. Si, par exemple, nous ne trouvons pas notre plage ou notre ville accueillantes, comment les clients pourraient-ils s’y sentir bien eux-mêmes… Nous devons donc arrêter de nous masquer les yeux et aller plutôt sur le terrain pour constater l’état des lieux. Une fois ce challenge relevé, nous pourrons nous concentrer sur les cibles que nous souhaitons attirer et surtout retenir. »

RÉÉVALUER NOTRE « PRODUIT AGADIR »

« À Agadir, nous devons absolument nous débarrasser d’une mauvaise habitude, celle de regarder toujours en arrière. On le constate chez les professionnels, sur les réseaux sociaux et dans les débats intellectuels : on vit encore dans le passé et on veut revoir Agadir telle qu’on l’a vue il y a des années, chose qui est impossible aujourd’hui ! Le produit Agadir n’est plus ce qu’il était. Il s’est transformé par la force des choses, démographiquement, structurellement, socialement… Agadir est devenue une grande ville avec son expansion immobilière, sa circulation automobile… Avant, tout était concentré sur le centre-ville et le bord de mer. Donc, le produit que l’on commercialisait avant n’est plus le même. Nous devons nous atteler à identifier un nouveau produit, à définir une vision et à travailler dessus pour parvenir, dans quelques années, à avoir une identité. »

LA FRIVOLITÉ DU LOW-COST

« Le Low-Cost est le marché le plus frivole qui puisse exister dans le secteur du tourisme. La preuve, c’est la disparition dans notre ville des plus grands Tours Opérateurs que nous avions auparavant, ces mêmes pionniers qui ont ramené les charters Low-Cost. Les Tours Opérateurs sont des compagnies qui ont des moyens, de la puissance et qui sont politisées. Au moindre souci avec une destination, les T.O changent de cap. Nous l’avons vécu des dizaines de fois et bien d’autres pays l’ont vécu, comme l’Égypte avec le marché russe. Dès que les relations diplomatiques reprennent, les avions des T.O. reviennent. Nous nous plaignons, mais nous avons choisi nous-mêmes ce marché qui est volatile, sans compter que nous ne sommes pas assez dynamiques diplomatiquement, alors que les autres états font de la commercialisation diplomatique une priorité. C’est très important. »

QUEL TOURISME SOUHAITONS-NOUS ?

« Le All Inclusive est destiné aux nouvelles villes touristiques, aux îles… Il n’est pas fait pour régner au coeur d’une ville comme Agadir. Nous avons cassé cette ville à cause du Low-Cost, du All Inclusive et ce, au détriment d’une part de marché de clients extraordinaires que nous avions et qui ont fui : les Scandinaves, les Italiens, les chasseurs, les golfeurs, les tennismen… Nous ne pouvons pas faire côtoyer cette part de marché avec le Low-Cost, parce que ces touristes ne sont pas à la recherche d’un produit bas de gamme. L’obsession de présenter des chiffres positifs de fréquentation de notre destination amène à ce résultat. Nous devons nous demander, avant tout, quel genre de tourisme nous souhaitons pour notre ville. La certitude, c’est que si nous poursuivons dans cette voie, le Low-Cost et les charters continueront à tuer notre destination. »

LIMITER LE ALL INCLUSIVE

« Certaines pratiques affaiblissent l’économie parallèle de notre ville, restaurants et commerces. Pour exemple, nous voyons des hôtels All Inclusive recréer tout un souk à l’intérieur de leurs établissements, alors que nous avons un magnifique souk municipal à faire visiter. Tout est fait pour retenir les gens à l’intérieur des hôtels. Sous prétexte de sécurité, ces établissements ne visent en fait qu’un objectif : accaparer la confiance des touristes pour leur vendre tout sur place. Du côté des investisseurs, ce n’est pas mieux. Nous ne pouvons pas obliger des acteurs touristiques à investir, sachant qu’ils n’auront pas d’autre alternative que la clientèle Low-Cost et qu’il n’y a pas de véritable stratégie touristique pour miser sur une activité prospère. Par contre, si nous diversifions la clientèle, les investisseurs se sentiront encouragés à engager leur capital. »

QUELS SONT NOS ATOUTS ?

« Notre « produit Agadir » a complètement changé. Le climat s’est transformé et présente des saisons plus marquées. Nous ne pouvons plus compter sur nos atouts d’antan : le soleil et la plage Il faut redéfinir nos produits d’appel. Notre ville regorge de potentialités, dont une bonne partie dans les hôtels : des courts de tennis, des salles de congrès, de splendides parcours de golf, un beau karting, etc… Nos agences de voyages reçoivent aussi régulièrement des demandes de sorties en mer. Mais pour faire sortir un groupe en mer, il faut une dizaine de bateaux, ce que nous n’avons pas. Pour l’instant, nous ne pouvons pas prétendre avoir une véritable offre balnéaire. Nous devons réunir les professionnels par pôles d’activités, les aider à mettre en place des outils de communication. Ces derniers seront structurés et les agents de voyage auront un vrai produit à vendre. »

PLUS DE CONCERTATIONS

« Rien ne pourra se faire sans l’implication et la concertation des responsables de notre ville.  Des citoyens se réunissent déjà dans des groupes de discussion et émettent de bonnes idées, mais aussi intéressantes soient-elles, elles doivent être développées dans un cadre officiel, sous la tutelle et la considération d’une institution. Ce qui compte, c’est que l’on définisse un produit complet, que tout le monde en soit convaincu et que le terrain soit prêt. À partir de là, nous pourrons commencer à commercialiser ce nouveau produit Agadir, car si notre situation actuelle se prolonge, il sera d’autant plus difficile d’émerger. Nous ne pourrons pas non plus obtenir des résultats immédiatement, c’est pourquoi nous devons dès maintenant définir ce nouveau produit pour parvenir à une activité prospère dans quelques années et voir les acteurs touristiques investir. »

LES ATTENTES DES CLIENTS NATIONAUX

« Fort heureusement pour le tourisme, la clientèle nationale voyage de plus en plus et prend de l’importance. Or, ce n’est pas seulement pour leur prix que ces derniers louent des appartements en ville, mais aussi parce que le client marocain, en général, déteste le All Inclusive. Il n’apprécie pas de faire la queue devant un buffet et de manger des produits de basse qualité. Enfin, par dessus tout, il aime la liberté. Ainsi, si nous comptons sur les nationaux pour sauver nos saisons touristiques, nous devons prendre conscience que les hôtels All Inclusive que nous proposons à Agadir ne leur sont pas adaptés. Autre constat de choix : dans la nouvelle station balnéaire Taghazout Bay, les formules All Inclusive ne sont pas prévues. Bien au contraire, c’est à Taghazout Bay que s’ouvrent des enseignes prestigieuses comme Hyatt ou Marriott. À méditer ! ».

INDISPENSABLES ÉCHANGES HUMAINS

« La persistance du All Inclusive dans notre ville a créé un déséquilibre dans les contacts humains. Les clients ne sortent plus et ne vont plus à la rencontre des locaux. Résultat, il y a eu décrochage. Tant du côté des citoyens que des touristes, une méfiance s’est installée. Un client libre, sans la contrainte du All Inclusive, sortira de l’hôtel et ira à la rencontre des gens du pays… L’habitant marocain changera parce qu’il appréciera l’échange. Ce mélange de cultures qui existe encore à Marrakech, faisait partie des avantages d’Agadir. Tout est une question de logique. Plus on enferme le touriste, plus on le marginalise et plus le citoyen local se sent éloigné de ce touriste. Le All Inclusive a aussi rompu la communication entre hôtels et

agences de voyage qui n’entretiennent plus d’échanges commerciaux indispensables à la bonne santé touristique de la ville. »

LA PERTINENCE D’UN CAMPING

« Les rebondissements du parc d’attractions Agadir Land ont alimenté bien des conversations mais personne ne s’est vraiment attardé sur la 2e partie du projet, le camping Agadir Camp. Or, ouvrir un camping dans le périmètre de la ville, c’est pire que le All Inclusive. Nous avons déjà du mal à commercialiser les hôtels au point que ces derniers sont parfois contraints à la liquidation judiciaire, et nous devons aussi faire face à un deuxième problème qu’est l’anarchie de l’hébergement informel. Que dire donc de la concurrence d’un camping au milieu de la ville… Donc, si un parc d’attractions est une très belle plus-value sur laquelle nous pouvons monter des packages famille, la présence d’un camping, à l’endroit où il est prévu, n’est pas souhaitable, ni pour la pérennité de nos établissements hôteliers, ni pour la qualité de notre fréquentation touristique. »

UNE VISION EN MARCHE

« Enfin, se pourrait-il qu’en haut lieu, une vision se profile déjà pour notre destination Agadir ? Se pourrait-il que le tourisme redémarre à peine plus loin, laissant la ville fonctionner sur d’autres secteurs économiques et poursuivre son développement d’agglomération urbaine ? L’implantation de grandes enseignes hôtelières internationales à Taghazout Bay et les moyens déployés au niveau des infrastructures semblent le confirmer. Si donc, notre « nouveau produit Agadir » se trouve à Taghazout, nous devrions en parler et commencer à travailler dessus pour avoir un résultat dans 4 ou 5 ans. D’ailleurs, si Taghazout Bay bouge, elle entraînera Agadir dans sa dynamique, en termes de fréquentation et de création d’emplois. En conclusion, à l’heure de redéfinir un produit Agadir, il serait dangereux de le faire sans tenir compte d’une possible stratégie sur Taghazout. »