RUE DU PARDON

RUE DU PARDON

Profondément sensible au sort des plus démunis de la société marocaine, Mahi Binebine dresse, avec Rue du Pardon, de nouveaux portraits marquants issus des quartiers populaires. Peintre, sculpteur et romancier, l’auteur continue de chercher chez ses compatriotes, la part de liberté de l’âme, la fibre artistique plus ou moins cachée qui leur permet de s’évader d’un quotidien pesant et inquisiteur. Dans notre numéro 72, nous avons présenté la longue réflexion et le travail de terrain qui ont amené Mahi Binebine, après les attentats de Casablanca de 2003, à écrire le roman « Les étoiles de Sidi Moumen », repris au cinéma par le cinéaste Nabil Ayouch sous le nom « Les Chevaux de Dieu ». Tous deux ont ensuite créé la Fondation Ali Zaoua et le programme des centres culturels de proximité « Les étoiles » implantés dans les quartiers les plus démunis, convaincus que l’on peut aider la jeunesse par l’accès à la culture à toute forme d’expression artistique. Après Casablanca et Tanger, le centre «  Les Étoiles du Souss » a ainsi vu le jour au quartier Hay Farah d’Agadir en avril dernier.

Il existe deux faces de Mamyta : celle de la ménagère que vous pourriez croiser le matin au souk, puis il y a l’autre, celle de la diva en caftan qui vous troublera le soir.

Avec son onzième roman, Mahi Binebine nous emmène dans une petite rue modeste de Marrakech qu’il a nommée Rue du Pardon, à la rencontre de Hayat et Mamyta. Le quartier est pauvre, seule la méchanceté prospère. Hayat, la narratrice de ce roman, qui est née blonde, suscite le doute sur le passé de sa mère et subit les ricanements de tous, en particulier des voisines qui persiflent comme des serpents.
Heureusement, comme un oiseau qui sort de sa cage, Hayat s’échappe et ressuscite grâce à Mamyta, une femme libre au milieu des interdits. Mamyta offre deux visages à priori contradictoires : celui de la ménagère transparente que vous pourriez croiser le matin dans une ruelle ou au souk avec son panier en doum, puis il y a l’autre, celui de la diva en caftan scintillant le soir. Dénigrée et admirée à la fois, elle est de toutes les fêtes, mariages, circoncisions… mais danse aussi dans les cabarets populaires et dans les soirées privées que les hommes évoquent à demi-mot à la terrasse des cafés… En sa compagnie, Hayat découvre comment la grâce se venge de l’hostilité, comment on se forge un destin.

Rue du Pardon, de Mahi Binebine, Éditions Le Fennec, 95 DH chez Al Mouggar Livres Agadir.