SALIMA NAJI SACRÉE CHEVALIÈRE DES ARTS ET DES LETTRES

SALIMA NAJI SACRÉE CHEVALIÈRE DES ARTS ET DES LETTRES

C’est dans les superbes jardins du Consulat Général de France à Agadir que s’est déroulée une cérémonie très émouvante au soir du vendredi 28 septembre dernier, en l’honneur de Salima Naji, architecte et anthropologue au parcours exceptionnel. Cette militante pour une architecture ancrée dans son territoire, résiliente et durable, vient en effet de recevoir les insignes de Chevalière des Arts et des Lettres, décernés par le Ministère de la Culture de la République Française représenté par le Consul Général de France à Agadir, Dominique Doudet. C’est entourée de sa famille que Salima Naji est venue recevoir son insigne, en présence des autorités d’Agadir, du Souss Massa et de l’ensemble des régions qui la soutiennent dans son combat, ainsi que de ses amis, tous émus à la lecture du discours de Monsieur Dominique Doudet, Consul Général de France à Agadir, et dont voici un extrait :

« Il faut vous rendre un hommage appuyé pour ces œuvres de restauration, car aucun de nous ne peut imaginer les difficultés auxquelles vous êtes confrontée au quotidien… »

« … en tant qu’architecte extérieure à la communauté locale, et en tant que femme bien sûr : les recherches de financements, les réticences ou les petits intérêts personnels à vaincre, les imperfections et les lenteurs, car on vous devine perfectionniste, et bien sûr la difficulté des chantiers eux-mêmes, dans la chaleur et la poussière. Et pourtant, les reportages où l’on vous voit crapahuter au milieu des pierres montrent une aisance et une autorité naturelle et bienveillante, qui inspire à ceux qui vous entourent et vous suivent un immense respect. »

Après le discours de Monsieur Doudet, c’est Madame Colette Kreder, ingénieure française, Commandeure de la Légion d’Honneur et Commandeure de l’Ordre National du Mérite, qui a elle-même décorée Salima Naji. Un grand moment.

L’ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique française qui récompense les personnes ayant contribué au rayonnement des arts et des lettres en France ou dans le monde, et qui se sont distinguées par leur création artistique ou littéraire.
Dans le cas de Salima Naji, lauréate de l’École d’Architecture de Paris-La-Villette, c’est son combat pour des constructions respectueuses de l’environnement qui lui a valu cette distinction. Exerçant au Maroc depuis 2004, elle construit en utilisant les matériaux locaux biosourcés et les technologies de la terre ou la pierre dans une démarche d’innovation en adéquation avec le milieu naturel. Elle milite pour la pierre contre le béton et a ainsi restauré des dizaines d’architectures oasiennes, ksours, kasbahs, mosquées, minarets et porches… principalement dans les régions de Guelmim-Oued Noun et de Souss-Massa.

Son travail sur les greniers collectifs, auquel elle a consacré sa thèse de doctorat, lui a valu le Prix Jeune Architecte de la Fondation EDF en 2004, le Fonds des Ambassadeurs Américains pour la Préservation de la Culture en 2009, l’Aga Khan Award for Architecture en 2013 (short list) ou encore la Fondation du Prince Claus en 2015 et le Global Heritage Fund en 2018. Son ouvrage « Greniers collectifs de l’Atlas » paru en 2006, est une référence et a nourri de nombreux reportages nationaux et internationaux sur ce patrimoine marocain exceptionnel. Docteure en anthropologie sociale, elle a consacré de nombreux ouvrages aux patrimoines bâtis du Sud marocain dans leur dimension intangible éminemment sociétale. Ses interventions sur le bâti rural historique convoquent les institutions collectives. « Le patrimoine est un legs complet liant architectures, compétences constructives, il est source d’innovations futures pour faire face au changement climatique », précise la militante qui espère réduire l’impact destructeur de l’architecture standardisée en béton armé actuellement généralisée.

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ENCADRÉ
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Une architecte engagée

Salima Naji participe à de nombreux programmes de recherche sur les transformations des espaces oasiens axés sur la recherche-action comme « Preservation of sacred and collective oasis sites » (depuis 2001), « Zerka, La source bleue et l’urbanisation des oasis de Méditerranée » (Cresson, ENEC-La Sorbonne, HETS-HES-SO, Genève) en 2015-2016… Elle est membre de l’équipe scientifique qui a accompagné la création du Musée Berbère du Jardin Majorelle en 2011, Fondation YSL-Pierre Bergé Marrakech et membre de son comité scientifique. Au quotidien, elle  perfectionne les techniques vernaculaires pour une architecture contemporaine en mesure de proposer un développement soutenable appuyé sur une fine connaissance des territoires, en direction notamment de projets d’utilité sociale (maternités, centres culturels, foyers féminins, écoles…).