SOUK AL HAD L’HÉRITAGE D’UNE TRADITION COMMERÇANTE

SOUK AL HAD L’HÉRITAGE D’UNE TRADITION COMMERÇANTE

Au cœur des lignes modernes du centre-ville d’Agadir, le Souk Al Had affiche une architecture traditionnelle célébrant les plus anciens savoir-faire des régions sud du Maroc. Entouré de remparts crénelés évoquant les murailles des villes fortifiées, ce grand marché municipal perpétue la tradition commerçante du pays et celle d’un marché hebdomadaire né il y a plusieurs siècles dans la baie d’Agadir. Couvrant près de onze hectares, le Souk Al Had vous offre une promenade hors du temps dans une atmosphère pleine de vie, à travers d’innombrables ruelles emplies d’une profusion de couleurs et de senteurs épicées ou boisées. Considéré comme un héritage culturel à préserver, le souk a bénéficié récemment d’une exceptionnelle mise en valeur architecturale et d’une mise à niveau de ses infrastructures, faisant de lui un lieu d’attraction incontournable, tant pour ses milliers de marchandises que pour la beauté des lieux. Devenu un des plus grands souks du Maroc, le Souk Al Had est aujourd’hui un véritable pôle économique et social de portée régionale, nationale et internationale.

Le Souk al Had perpétue la tradition d’un marché né il y a plusieurs siècles dans la baie d’Agadir.

Comme toutes les localités marocaines, Agadir accueillait depuis fort longtemps un souk hebdomadaire dont les premiers témoignages écrits remontent au début du XVIe siècle, au temps de la présence portugaise. Le site portait alors le nom d’Agadir n’Lâarba, faisant ainsi savoir aux villageois et aux voyageurs que le mercredi était jour de marché.
En 1920, sous le protectorat français, le souk vit d’abord le jour à Founti. De 1920 à 1945, un souk nommé Bougam s’installa sur le front de mer, puis l’ancien Talborjt accueillit un marché à son tour à partir de 1948. Photos anciennes et cartes postales témoignent encore de ces grands rassemblements commerciaux du passé.
Entre 1957 et 1960, tandis que la ville se développait, le souk fut déplacé derrière les abattoirs. En 1962, après le séisme, il s’installa définitivement à son emplacement actuel. Dans les premiers temps, ce marché n’avait lieu que le dimanche, c’est ainsi qu’il prit le nom de Souk Al Had. Devenu aujourd’hui un vrai souk urbain, l’espace ouvre désormais au public six jours par semaine, sauf le lundi. Naturellement, cette formidable évolution a entraîné d’indispensables aménagements au fil du temps. Après une vague de rénovations en 1997 qui permit de structurer les lieux et d’améliorer la circulation de visite, le Souk Al Had connut aussi des agrandissements, notamment en occupant la superficie mitoyenne d’un ancien terrain de sport.

Empli de marchandises des quatre coins du Maroc et du monde, le Souk Al Had vous invite au voyage.

Au fil des ruelles, laissez-vous séduire par les étals de produits frais, les créations artisanales, produits de beauté, articles de mode traditionnelle ou contemporaine, mais aussi produits d’alimentation, meubles, tissus et ustensiles ménagers. Mille et une tentations se présenteront à vous et il sera bien difficile d’y résister. Comme une petite ville, ce grand marché aux allures de médina dispose aussi de points de restauration, d’une mosquée, d’un bureau de poste et d’un commissariat de police.

Pour faire le plein de fruits et légumes multicolores et parfumés, prenez les portes n° 1 et 2. Un peu plus loin, les portes n° 3, 4 et 5 s’ouvriront sur un monde de gourmandise. Succombez à la douceur des dattes, du miel, de l’huile d’Argan ou aux saveurs corsées des olives et des épices. Envie d’une séance de shopping ? Le Souk Al Had vous comblera. À partir des portes n° 6, 7, 8, 9 et 10, tout le monde de la mode s’ouvre à vous : vêtements, chaussures, sacs, ceintures et bijoux fantaisie, accessoires et lingerie, tenues traditionnelles et tissus précieux, articles d’artisanat marocain. Amateurs de décoration, les dernières portes n° 11 et 12 et 13 du souk vous emmènent directement vers le secteur des menuisiers et des tapissiers. Un autre espace dédié à la mode est également accessible par ces portes. Au Souk Al Had, faites-vous plaisir car tout est à petits prix ! Des porteurs sont à votre disposition pour transporter vos achats les plus lourds sur des chariots.

Le patrimoine immatériel des corps de métier du Souk al Had

Accueillant près de 50.000 visiteurs par jour, le Souk Al Had est un véritable pôle socio-économique d’Agadir et de la Région Souss Massa. Il est aussi un des meilleurs pourvoyeurs d’emplois avec près de 3000 points de vente et 10.000 travailleurs, toutes qualités confondues. De nombreux corps de métiers y sont donc représentés : agriculteurs, éleveurs, artisans, menuisiers, couturiers, mais aussi barbiers, herboristes, épiciers, électroniciens et commerçants. Cette force ouvrière est un patrimoine immatériel qui donne une âme à l’édifice, forge son caractère, lui confère une identité collective et crée un sentiment d’appartenance et d’ancrage.
Fort de cette diversité de savoir-faire, le Souk Al Had joue un rôle de sauvegarde et de transmission des traditions ancestrales, traduisant la volonté royale de préserver la richesse des composantes culturelles du royaume et de son patrimoine authentique. Ce rôle est renforcé par la beauté architecturale des lieux qui fait du souk un espace muséal à ciel ouvert et un véritable levier de régénération architecturale urbaine.

Une charte architecturale, l’expression d’un art de vivre

Ville moderne entièrement reconstruite, Agadir a perdu, dans le séisme de 1960, quasiment tout ce qu’elle comptait comme habitat traditionnel et architectures anciennes. Ainsi, à la différence des villes impériales du Royaume, elle ne possède pas d’antique médina. Aujourd’hui, le Souk Al Had, élevant ses remparts crénelés et ses portes grandioses au cœur de la ville, endosse fièrement ce merveilleux rôle patrimonial.

Pour sublimer son image de quartier commerçant traditionnel, ses architectes, Samira Saoudi et Ali Irizi, ont fait la part belle aux expressions architecturales amazighes authentiques du grand Sud. Pour ce faire, ils ont puisé dans les références des villes de Tiznit, Tafraout, Taroudant et Ouarzazate, mais aussi dans celles de la Kasbah d’Agadir Oufella, citadelle historique bâtie il y a quatre siècles sur la colline surplombant la baie d’Agadir.
En revalorisant l’artisanat et l’artisan, en réinvestissant dans l’architecture en terre et les techniques traditionnelles de construction, les architectes ont exprimé une volonté claire de renforcer l’identité régionale du souk et de préserver son âme.

À l’image des architectures amazighes des kasbahs du grand Sud, le Souk d’Agadir est entouré d’épaisses murailles de 1200 mètres de long reposant sur des fondations en pierre et de tours d’angles ornées de merlons en épis. Enduits de pisé dans leur partie haute, ces remparts ont été ornés d’un soubassement en pierre de Smara taillée, un minéral noble, clair et élégant, historiquement connu pour avoir servi à la construction de la Zaouia de Cheikh Malainin au XIXe siècle.

Des portes et murailles évoquant la splendeur des ksour historiques du pays

Au Maroc, la porte, qui se nomme « lbab » en langue arabe, incarne une forte symbolique, car elle représente l’accès vers des lieux d’accueil, d’échanges et d’apprentissage. Pour sublimer la portée de ce message et offrir aux visiteurs une merveilleuse démonstration des savoir-faire artisanaux de la région, les treize portes du Souk al Had ont été transformées pour évoquer les splendeurs des ksour historiques du pays. Ce travail a nécessité l’intervention de maîtres artisans nommés « maâlems » dont le savoir-faire constitue un patrimoine d’une valeur inestimable et une mémoire encore vivante, une maîtrise des techniques transmise de générations en générations.

Première à accueillir les visiteurs sur le grand boulevard Abderrahim Bouabid, la Porte n°1 emprunte ses références à la ville impériale de Taroudant, située à une centaine de kilomètres à l’est d’Agadir. Doublée de briques de terre compressée, mur en pisé et enduite de Taddelakt, elle se pare d’un habillage en pierre de Smara et d’une splendide arcade en pierre d’Essaouira. Inspirée des portes de Taroudant, elle fait corps avec les remparts crénelés mitoyens, eux-mêmes percés de fenêtres en ogive rappelant l’arcade de la porte.

Pièce maîtresse de la Rue du 2 Mars, la Porte n°6 est une entrée majestueuse dont l’habillage en roche feuilletée de schiste noir s’inspire de l’héritage culturel de la ville de Tafraout, située au sud-est d’Agadir au cœur des rocs de granit rose de l’Anti-Atlas. C’est en effet à Tafraout, sur la façade d’anciennes demeures, que l’on peut admirer ce remarquable travail, un savoir-faire constructif ingénieux. Au sol, la porte n°6 a bénéficié d’un pavement en pierres de Benguérir, une roche magmatique résistante originaire du nord de Marrakech.

Les portes du Souk al Had sont un sas de respiration permettant au visiteur de s’isoler du tumulte de la ville

Bien plus qu’un lieu de passage, les portes du Souk al Had sont un sas de respiration (un espace tampon) permettant au visiteur de s’éloigner du tumulte de la ville. Offrant un volume intérieur fait de recoins calmes et de coupoles artisanales, les portes se traversent avec émotion et invitent à l’évasion. Réalisées en fines briques de terre, les coupoles ont fait l’objet d’un savoir-faire unique dans l’art de bâtir. Bien que dotée, chacune, d’une identité singulière, toutes s’inspirent des formes géométriques caractéristiques de la culture amazighe, notamment celles des tapis de Taznakht, une région située entre le Mont Siroua et le Haut Atlas.

La couleur a investi les plafonds Tataouis du Souk al Had, donnant à chaque ruelle sa propre identité chromatique

Pendant votre promenade dans les ruelles du Souk al Had, levez les yeux pour admirer les faux-plafonds de style « tataoui » et « mamouni ». Ces œuvres d’art sont inspirées d’une technique ancestrale issue de Tata, vaste territoire oasien de la Région Souss Massa. C’est dans la fraîcheur des cours d’eau que poussent les lauriers-roses qui constituent la matière première des plafonds « tataouis ». Des centaines de tiges sont nécessaires pour réaliser un clayonnage serré. Dans le motif « tataoui », des baguettes de bois de différentes épaisseurs sont assemblées, alors que, dans le motif « mamouni », les baguettes de bois assemblées sont d’épaisseurs égales.
Ces plafonds avaient un rôle primordial dans l’architecture traditionnelle amazighe, servant à soutenir le toit des habitations sous la forme d’un coffrage couvert de terre damée. À l’origine, ces plafonds se déclinaient en trois couleurs : rouge, bois naturel et noir. Mais une palette plus élargie a investi les plafonds du Souk al Had, donnant à chaque groupe de ruelles, sa propre identité chromatique.

Mise aux normes actuelles des infrastructures et équipements

En parallèle de sa mise en valeur patrimoniale, le Souk Al Had a bénéficié d’une mise à niveau en profondeur de ses infrastructures et équipements de base. L’établissement étant classé « Établissement Recevant du Public » de 1ère catégorie, les mesures de sécurité contre les risques d’incendie et les mouvements de panique à l’intérieur du souk ont été renforcées. Parmi les mesures de prévention préconisées, citons l’interdiction des bouteilles de gaz, le renforcement du réseau des poteaux d’incendie, la mise aux normes de l’installation électrique et la présence d’agents de sécurité incendie, ainsi que de points d’infirmerie.
Par ailleurs, l’ensemble des services et équipements fera l’objet d’une mise aux normes actuelles, notamment au niveau des unités d’abattage de proximité de volailles, des moyens de livraison, de l’étanchéité des toits et charpentes, des sanitaires et de la collecte des déchets.
Le programme de réhabilitation du Souk al Had prévoit également de s’attaquer au défi de l’autonomie énergétique en équipant l’ensemble du souk de panneaux photovoltaïques solaires.