VACANCES À L’ÉTRANGER, POURQUOI UN TEL ATTRAIT ?

VACANCES À L’ÉTRANGER, POURQUOI UN TEL ATTRAIT ?

La tendance mondiale est claire. Le tourisme occupe la première place des industries mondiales avec près de 1,2 milliard de touristes internationaux et une prévision de 1,8 milliard pour 2030. Le Maroc ne déroge pas à la règle et nous sommes donc, nous, Marocains, de plus en plus nombreux à partir en voyage à l’étranger. De 250.000 au début des années 2000, nous sommes aujourd’hui plus de 700.000 à rechercher le dépaysement aux quatre coins du monde. Ce sujet d’actualité concerne le Maroc et les Marocains à plusieurs égards. En premier lieu parce que le pays est lui-même une destination touristique qui compte sur l’échiquier international, mais aussi parce que, depuis la crise de 2008, la part de notre propre tourisme national augmente chaque année et qu’elle soutient les destinations touristiques marocaines à des taux avoisinant les 30% d’arrivées, pour une ville comme Agadir par exemple.

CE QUI MOTIVE À PARTIR
L’augmentation de vacanciers marocains s’envolant à l’étranger n’a rien d’un phénomène isolé puisque le tourisme mondial connaît une progression permanente. Cette croissance s’adosse en effet à une réalité de l’économie marocaine à travers l’existence d’une classe moyenne de plus en plus importante, disposant d’un pouvoir d’achat de plus en plus élevé. Par ailleurs, la démocratisation du voyage, l’accès aux vols low cost au départ des aéroports marocains et les nouvelles formules de voyage rendent aujourd’hui tout plus accessible, que ce soit en termes de prix ou de facilités. Le rôle d’internet et des outils technologiques occupe également une grande place dans les facteurs de motivation, en rapprochant le rêve de la réalité, en fournissant une information en temps réel et en permettant de dénicher des destinations lointaines à moindre coût. Enfin, la récente augmentation de la dotation touristique à 45.000 DH annoncée par l’Office des Changes en janvier 2019 est aussi un facteur d’encouragement pour les Marocains à séjourner à l’étranger plus souvent et plus longtemps.

UNE JEUNESSE QUI A SOIF DE DÉCOUVERTE ET DE LIBERTÉ
En plus des nouvelles facilités de voyage qui incitent toujours plus de nationaux à s’envoler sous d’autres cieux, nous assistons, au Maroc, à la montée de toute une jeune génération qui aspire à la découverte et au changement d’air. Les nombreux horizons ouverts par internet attisent chez ces jeunes une envie grandissante de voyage, mue par un besoin d’émancipation, de liberté de mouvements et d’expression, loin des regards traditionalistes de notre société. Certaines limites aux libertés personnelles dans le voyage, qui subsistent encore au Maroc, touchent aussi particulièrement les femmes, dont la volonté de partir en vacances seules ou entre copines est encore trop souvent mal acceptée dans notre pays. Totalement banalisée dans de nombreuses destinations, cette perspective de liberté encourage de plus en plus de femmes à s’envoler pour l’étranger.

UN RAPPORT QUALITÉ-PRIX AU TOP
Face à notre tourisme intérieur qui affiche des prix bien souvent trop élevés et une qualité de service ne justifiant pas cette cherté, les offres compétitives des destinations étrangères influent considérablement sur les décisions des voyageurs marocains. En Espagne, par exemple, il n’est pas rare de voir servir dans un hôtel 3 étoiles des buffets dignes d’hôtels de catégorie 5 étoiles dans notre pays.
La raison qui permet à ces destinations de pratiquer des tarifs plus concurrentiels que le Maroc est qu’elles sont arrivées à un tel volume de tourisme (près de 82 millions de touristes pour l’Espagne en 2017) qu’elles peuvent aujourd’hui mutualiser leurs achats.

L’Espagne, le Portugal, Malte, la Grèce, ont en effet des usines énormes qui permettent aux professionnels du tourisme de capitaliser sur des achats groupés et de se procurer tout ce dont ils ont besoin pour offrir produits et services aux standings souhaités et tarifs optimisés : nourriture, boissons, linge, etc.
Sur ce plan précis, le Maroc ne peut prétendre à cette économie d’échelle, ce qui pénalise ses coûts et donc sa compétitivité devant une destination comme l’Espagne.

DES OFFRES FAMILIALES IRRÉSISTIBLES
À cela, il faut ajouter que certains services au Maroc ne sont pas adéquats aux familles marocaines. Il existe encore peu d’offres de tourisme familial, alors que dans les destinations étrangères, ce segment domine le marché, c’est le cœur du tourisme.

L’Espagne, le Portugal et la Turquie, destinations préférées des Marocains, proposent des formules extraordinaires sur le segment appart-hôtel et hôtelier avec pension complète et animation en continu, ce qui permet aux familles de se retrouver et de profiter d’un standing de vacances peu disponible chez nous. De plus, dans nos stations balnéaires, l’animation manque en été, en particulier le soir. Tous ces éléments font que de plus en plus de Marocains partent en vacances à l’étranger. Nous avons un beau pays et de belles plages qui méritent d’être visitées, mais il faut qu’elles soient aménagées et animées en conséquence.

LA MISE EN VALEUR DU PATRIMOINE
Parmi les attractions touristiques qui font déplacer les foules, les monuments célèbres constituent de puissants vecteurs. La mobilisation massive autour de Notre-Dame de Paris récemment incendiée en est une preuve flagrante.
Au Maroc, excepté la Grande Mosquée Hassan II, nous conservons mal et valorisons mal nos monuments. C’est pourtant la priorité de toutes les villes à vocation touristique où les monuments doivent être gardés en l’état et restaurés. Réhabilités dans les règles de l’art, nos monuments contribueraient certainement à drainer une part des touristes nationaux et à les retenir au Maroc car, statistiquement, une grande partie des visiteurs de monuments célèbres viennent de leur propre pays. Les Marocains représentent aujourd’hui plus de 30% du tourisme national, ce qui est important, par rapport à 16% il y a 20 ans. C’est donc actuellement la première clientèle au Maroc et une clientèle sur laquelle nous devons capitaliser.

DE VÉRITABLES VOLONTÉS POLITIQUES
Les volontés politiques sont très importantes. Il suffit de voir la réussite de pays comme la Turquie et l’Espagne. Sans volonté politique, ils n’en seraient pas là (dans les années 70, le Maroc recevait plus de touristes que la Turquie). De même, la Malaisie, pays musulman, est loin devant nous en termes de tourisme. Son développement a été extraordinaire, mais il s’est appuyé sur une vraie politique.
Au Maroc, le tourisme représente 11% du PIB national et totalise 532.000 emplois directs. C’est donc une industrie qui marche. Il est le principal pourvoyeur de devises avec 71,9 Milliards de DH (chiffres 2017 : www.tourisme.gov.ma).
Pourtant, après plusieurs stratégies (Plan Azur, Vision 2020 – Kounouz Biladi,…) et plans d’urgence mis en place pour améliorer le potentiel du tourisme et en accroître les retombées économiques, les résultats se font toujours attendre. Le Plan Azur Vision 2010 n’a pas donné les résultats escomptés et nous avons du retard par rapport aux objectifs de la Vision 2020. Le secteur du tourisme espère donc aujourd’hui une impulsion venant du gouvernement, le fil conducteur d’un travail en concertation avec tous les opérateurs (hôteliers, agents de voyage…).

UNE SOLIDARITÉ ENTRE PROFESSIONNELS
Le secteur privé a sa part de responsabilité dans le manque de rentabilité de notre secteur touristique. Nos établissements hôteliers tournent à un taux moyen de remplissage de 45%, voire 70% en haute saison et ne dépassent ce taux que de manière très ponctuelle. Pour compenser les invendus, les hôteliers et agents de voyage devraient instaurer une relation dynamique entre eux. C’est une condition sine qua non pour espérer rivaliser avec le mode de fonctionnement des pays voisins.

Nous avons au Maroc des établissements qui tournent bien et font du bon travail, tandis que d’autres font peu d’efforts. Ceci prouve un manque de corrélation entre les professionnels du secteur. Chacun travaille de son côté. Si l’Espagne a fait un bond en avant ces dernières années, c’est parce que les professionnels ont collaboré ensemble. À méditer.

BONNES VACANCES À TOUS !
En quelques décennies, les habitudes de voyage des Marocains ont considérablement évolué. Des traditionnels séjours en famille dans la région d’origine, les vacanciers se sont de plus en plus intéressés aux voyages découverte, dans le pays d’abord, puis à l’étranger. La liberté des vacances scolaires et le droit aux congés payés ont progressivement ouvert la porte au plus grand nombre et suscité une envie de voyage qu’internet est venu par la suite largement alimenter. Que vous choisissiez notre beau pays ou une destination étrangère pour vous évader en cette période d’été, voici venu le moment de vous détendre et de vous dépayser. Nous vous souhaitons à tous de bonnes vacances.

AGADIR, LES INDICATEURS SONT AU VERT
Même si nous n’avons pas encore atteint nos ambitions touristiques pour la destination Agadir, la tendance générale s’améliore et les indicateurs sont au vert depuis plusieurs mois déjà. L’analyse de la conjoncture touristique du premier trimestre 2019 affiche en effet une augmentation générale des arrivées de +9,31% par rapport à la même période l’année précédente, soit un total de 252.690 arrivées. Sans surprise, les touristes nationaux plafonnent en tête des marchés en augmentation avec 74.201 arrivées sur Agadir au premier trimestre, soit 29,36% des parts de marché. Ils sont suivis de près par les touristes français qui dominent la clientèle étrangère depuis un certain temps avec 50.537 arrivées pour la même période, occupant 20% des parts de marché. Dans la répartition des principaux marchés émetteurs, l’Angleterre et l’Allemagne se révèlent aussi deux concurrents intéressants avec, respectivement 12,77% et 12,33% de parts de marchés sur les arrivées.