VERS UNE GESTION DURABLE DU CAPITAL HUMAIN

VERS UNE GESTION DURABLE DU CAPITAL HUMAIN

La fuite des compétences à l’étranger ou l’exode des cadres est un phénomène de plus en plus inquiétant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En effet, selon une étude menée par un cabinet marocain, plus de 91% des jeunes souhaitent émigrer, plus de 600 ingénieurs quittent le pays chaque année selon le Ministère de l’Education Nationale et plus de 8000 cadres partent travailler à l’étranger selon la Fédération Marocaine des Technologies de l’Information.

Face à la croissance soutenue et au besoin en ressources humaines à l’échelle mondiale, il est plus qu’incertain que l’hémorragie ne s’arrête, d’où la nécessité de repenser un nouveau modèle à même de booster la croissance et la création d’emploi, un modèle de confiance prenant comme locomotive l’initiative privée des jeunes et l’investissement dans la recherche. C’est une volonté générale de compétitivité qui est attendue et qui permettra de préparer les inventeurs de demain et d’orienter l’action du pays vers de nouvelles opportunités.

L’identité sociale au service de la croissance économique

Imaginons un instant que le Maroc perde ‎subitement toutes les personnes ayant un savoir-faire, celles qui dirigent les travaux les ‎plus importants pour le Pays. Ce qui en résulterait serait apocalyptique, l’enjeu est donc majeur. Au-delà du besoin de trouver des brèches de croissance, la vraie question que doit se ‎poser un politique est comment permettre la régénération d’une société sans la ‎détruire, comment renforcer le rôle de ses acteurs, comment gérer le capital humain et durabiliser le développement.

La politique humaine de développement doit constituer pour les territoires une identité et un réel levier en matière de gestion de croissance, notamment par la promotion de leurs compétences, leurs savoirs et leurs expériences. C’est une valeur territoriale d’engagement dans le changement, un nouveau contexte d’autonomisation et d’implication des acteurs dans le processus de changement.
L’identité du capital humain est une identité non capitalistique de ‎l’image des territoires. La culture ‎d’avant-garde consiste en la radicalisation de la réflexion, une autonomisation et une ‎orientation vers l’expérience, une action et une initiative propres, d’où la nécessité de mener une réflexion large autour de la vraie identité, celle qui offrira le meilleur moteur de croissance, plus forte et plus inclusive.

Objectif : plus de 40 millions de nouveaux emplois par an dans le monde

Au moment où l’Agenda 2030 prévoit la création de 600 millions d’emplois à l’horizon 2030, le Maroc, un des leaders de son continent, table sur près de 300.000 emplois par an, un chiffre attrayant mais qui cache beaucoup de questions. Et c’est sur le cadre du comité interministériel de l’emploi que le gouvernement s’appuie pour promouvoir une vie décente, réduire les disparités sociales et territoriales, mettre en valeur le capital humain et traiter la pauvreté et la précarité.

Mohand Laenser, Président de l’Association des Régions du Maroc promeut l’importance de la dimension régionale dans la promotion de l’emploi

À l’avant-garde de cette vision, Mohand Laenser, le Président de l’Association des Régions du Maroc, promeut l’importance de la dimension régionale dans la promotion de l’emploi, surtout après le pas de géant de la régionalisation avancée ainsi que les attributions transférées pourvues d’une promotion efficace de l’investissement. Les régions ont donc un grand défi à relever dans le cadre du traitement de la problématique de l’emploi, celui de la coordination entre les organes étatiques spécialisés et les parties prenantes sociales et économiques.
Or, nous pouvons constater que le problème est beaucoup plus complexe. Beaucoup d’insuffisances surgissent, notamment celles relatives au marché de l’emploi, celles en rapport avec la stratégie globale et celles en rapport avec la politique globale de l’État. L’ensemble des parties prenantes considère aujourd’hui qu’il y a inadéquation entre la formation des chercheurs d’emploi et les exigences du marché de l’emploi, il y a inadéquation entre projets et porteurs de projets, ainsi que de grands problèmes de financement et de recouvrement. Ce phénomène est un problème d’ensemble qu’il faudrait gérer dans sa globalité.

4.3 Millions de jeunes sont inactifs

Un vivier inexploité, telle est la situation de plus de 4.3 millions de jeunes au Maroc. L’économie marocaine a connu ces dernières années une avancée importante lui permettant de proposer plusieurs pistes aux jeunes. Mais pourquoi le travail ne s’adapte-t-il plus à nos jeunes, qu’est-ce qui fait qu’ils ne soient pas employables ?

Avec l’expérience, nous avons appris que dans le monde du travail, il faut adosser beaucoup d’intuition à la technique. L’opportunité devient une denrée rare, elle est saisie en un temps record et dans un marché diversifié ; il devient nécessaire d’être à l’écoute, de changer son regard et de communiquer efficacement afin d’évoluer à sa vitesse, de devenir partie prenante et acteur du changement.

Nos jeunes ont besoin d’orientation, et le pays a besoin de ses jeunes. Améliorer leur employabilité est nécessaire avant toute vision, et pour cela une nouvelle vision s’impose, à travers le renforcement qualitatif et quantitatif des ressources humaines dans les domaines de l’intermédiation publique et privée de l’emploi, l’adaptation de l’investissement et enfin la refonte de l’éducation.

L’emploi décent comme moteur de croissance durable

La nécessité de villes durables est particulièrement urgente étant donnée que nous sommes arrivés à un point où les cités produisent de plus en plus d’inactivité et le taux de chômage urbain dépasserait les 35% selon le Haut-Commissaire au Plan. Le travail décent n’est pas qu’un simple objectif de développement durable, mais le moteur d’un environnement durable et le moyen de combattre les problèmes d’inégalités chroniques.

Le travail décent procure aux individus et à leur entourage un revenu. Indispensable à l’économie locale, celui-ci contribue à la création de valeur ajoutée en stimulant la diversification et le besoin. La diversification et les politiques de niches permettent un drainage important de liquidité, un regain important d’activité et une reprise économique soutenue. Les marchés sont généralement très mûrs et un des combats qu’ils mènent chaque jour est celui de leur survie. Avec le recul, les dirigeants le disent bien : pas d’embauche sans compétences, mais à quel prix ?

La croissance comme volonté sociale

La modernisation et l’excellence des structures politiques et sociales ne ‎peuvent s’opérer qu’à l’aune de la ‎reconnaissance du principe d’autonomisation et de ‎l’émergence d’une démocratie délibérative.‎ C’est pour ‎cela que les jeunes, parfois même sans le savoir, appellent farouchement à la création d’un tournant ‎social et d’une alternative au libéralisme ‎traditionnel. La volonté de sortir l’esprit de la standardisation ‎imposée doit se traduire par la mise en œuvre ‎d’une réflexion néo-libérale qui mette en avant la ‎diversité, ‎le droit à l’action, la participation et l’équité. ‎

Il est indéniable que le jeune Marocain est prêt à faire toutes les concessions possibles, à condition que la liberté puisse ‎profiter à tous et que les responsabilités soient partagées par tous, à condition que les marchés soient ‎ouverts à tous et que les facilités soient accessibles à tous, à condition que la décision soit prise par ‎tous et pour tous. Ce modèle impose évidemment que le seul critère de réussite réside dans la capacité ‎intrinsèque des individus, l’ouverture d’une troisième voie, la voie de la confiance.