Ali Faiq : Quand la musique amazighe traverse le temps

De la mémoire des rwayes aux rythmes du monde, Ali Faiq raconte sa musique amazighe contemporaine et son engagement pour transmettre un héritage vivant. 🔹Lire la suite🔹

TALENTS & PORTRAITS

Rédaction Agadir Première

6/22/2026

M.Ali Faiq est un auteur, compositeur et interprète amazigh marocain originaire du Souss.

Né en 1965 à Aït Milk, près d’Agadir, il s’est imposé comme une figure singulière de la scène musicale amazighe contemporaine. Son univers artistique tisse un lien subtil entre la tradition et la modernité, faisant dialoguer l’héritage des rwayes, avec des sonorités actuelles, du jazz au reggae, en passant par le folk et le rock.

Il débute sa carrière à la fin des années 1980 avec la formation Amarg Dounia, avant de fonder en 2002 le groupe Amarg Fusion, projet qui affirme déjà sa volonté de marier patrimoine culturel et influences modernes.

En 2011, il entame une carrière solo et lance son premier album Tirra s’ikwlan en 2014.

Deux ans plus tard, il lance Amarg Experience, une nouvelle étape dans son parcours, portée par un désir profond de transmission, de recherche et de métissage musical.

Récemment en 2025, à l’occasion de la CAN, M.Ali Faiq, accompagné de plusieurs artistes du Souss, a participé à la création de « Nodo Nodo », un hymne musical mêlant rythmes amazighs, influences africaines et sonorités contemporaines. Le clip, qui met en valeur Agadir et la région, cumule aujourd’hui près de 4 millions de vues sur YouTube.

Dans cette interview, M.Ali Faiq revient avec sincérité sur sa démarche artistique, sa volonté de redonner vie aux archives sonores amazighes et sa manière de construire, à travers la musique, un pont vivant entre mémoire ancestrale et création contemporaine.

Ali FAIQ, Festival Talguit’art, octobre 2025

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer "Ali Faiq & Amarg Experience", et quel message souhaitiez-vous transmettre dès le départ ?

L'impulsion de Ali Faiq & Amarg Experience' ne vient pas de nulle part. Elle est intimement liée à mon travail de recherche avec le projet Isktitn, où j'ai exploré les archives sonores de la BNF. ​(Bibliothèque nationale de France, institution publique française chargée de conserver et de valoriser le patrimoine documentaire et sonore, notamment des archives et enregistrements historiques).

Ce qui m'a poussé à lancer cette aventure, c'est le désir de transformer ces archives, ces voix précieuses et parfois oubliées de notre patrimoine, en une matière sonore vivante. Avec Isktitn, nous avons touché à l'authenticité brute ; avec Amarg Experience, nous projetons cette authenticité dans le futur. ​

Mon message dès le départ était de dire : notre mémoire n'est pas une poussière de bibliothèque, c'est une énergie moderne.

En utilisant ces enregistrements historiques comme socle, je voulais montrer que la musique amazighe est un cycle éternel qui peut voyager des gramophones d'autrefois aux scènes contemporaines les plus audacieuses.

Ali FAIQ, Festival Talguit’art, octobre 2025

Votre musique fait dialoguer l’héritage des Rwayes avec des influences modernes. Comment vivez-vous cette fusion entre tradition amazighe et sons contemporains ?

Je vis cette fusion non pas comme un exercice de style, mais comme une réconciliation. Pour moi, l’héritage des Rwayes n’est pas figé dans le passé ; c’est une matière organique qui ne demande qu'à respirer dans le présent. ​

Quand je fais dialoguer le rebab ou le loutar, avec des sonorités contemporaines, je ressens une immense liberté. C’est comme si les grands maîtres d'autrefois s'asseyaient à la même table que des musiciens de jazz ou de blues.

Je ne cherche pas à 'moderniser' pour plaire, mais à révéler la modernité intrinsèque de l’Amarg. ​Vivre cette fusion, c'est accepter que ma culture est assez forte pour s'ouvrir au monde sans s'y perdre. C’est un équilibre délicat : il faut garder un pied dans la terre du Souss et l’autre dans l'air du temps. Au final, ce qui compte, c'est l'émotion universelle que ce dialogue génère.

Ali faiq & AMARG Experience ISKTITN, 2016

Avec l’album "Isktitn", vous avez réuni plusieurs générations de musiciens. Que représente pour vous cette transmission artistique ?

Pour moi, Isktitn n'est pas seulement un album, c'est un pont jeté entre deux époques.

Réunir plusieurs générations de musiciens autour des archives de la BNF a été une expérience humaine bouleversante. ​La transmission artistique est le souffle vital de notre culture.

En studio, voir la sagesse et la maîtrise des anciens côtoyer la fougue et la curiosité des plus jeunes était magique. Pour moi, transmettre, ce n'est pas seulement 'répéter le passé', mais plutôt, donner aux nouvelles générations les clés de leur propre identité pour qu'elles puissent, à leur tour, créer du neuf. ​

Isktitn représente cette continuité : nous montrons que le fil de l'Amarg n'est pas rompu. C'est une manière de dire que notre musique est une chaîne de solidarité et de talent qui traverse le temps sans jamais s'essouffler.

Premier Album, « Tirra s ikwlan », 2014

"Tifawt Roots" marque une nouvelle étape dans votre parcours. Que raconte ce titre sur votre évolution musicale et humaine ?

Avec le titre 'Tifawt Roots', j’ai voulu explorer le rythme Reggae pour porter un message qui me tient à cœur.

Le Reggae est une musique de conscience, et ici, il sert de pont pour dire une vérité simple : celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va.

Ce morceau raconte une forme d'errance moderne. Sans cette lumière (Tifawt) que nous apporte la connaissance de nos racines (Roots) et de nos sources, nous sommes perdus. C’est un cri d’éveil : si nous coupons le fil avec notre passé, avec l’Amarg et nos archives, nous avançons à tâtons dans le futur, sans boussole. ​

Musicalement, c'est une nouvelle étape car le Reggae permet de poser les mots avec une force tranquille. Humainement, cela montre mon évolution vers une parole plus engagée : je ne suis plus seulement dans la préservation du patrimoine, mais dans son utilisation comme un phare pour éclairer notre chemin actuel.

Ali FAIQ, Festival Talguit’art, octobre 2025

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