Sur la route des plages au nord d’Agadir, un village invite les visiteurs à une escale gourmande. Portant le nom d’Aourir, ce village a su devenir l’emblème régional de la culture de bananes et de la dégustation de tagines berbères longuement cuits sur la braise. C’est en longeant le littoral océanique sur quelques 14km que l’on parvient à Aourir. La route, qui serpente le long des collines côtières, laisse apparaître au détour d’un virage le panorama époustouflant d’une verte vallée plantée de bananiers…

Sur la droite à l’entrée du village, voici le départde la route du miel qui traverse la Vallée du Paradis et s’élève peu à peu vers les cascades d’Imouzzer à plus de 1100m d’altitude. Mais pour l’heure, continuons tout droit pour découvrir le cœur battant d’Aourir. Si le village est devenu aujourd’hui une commune aux dimensions plus importantes, l’essentiel de son activité commerçante et touristique se concentre le long de son avenue principale qui n’est autre qu’un tronçon de la Nationale 1.C’est là, sur quelques centaines de mètres, que règne une activité bourdonnante autour des étals de bananes et des restaurants de tagines.

Difficile de dire quand tout a commencé.Remontant dans leurs souvenirs, les habitants de la régionse souviennentd’avoir toujours connu ces traditions au village. En parcourant l’avenue commerçante, la profusion de régimes de bananes surprend.Alignés,suspendus, ils parent d’une couleur dominante jaune les abords de la route.Puis, aux alentours de midi, un irrésistible fumet de viande et d’épicesvient chatouiller les narines et envahir tout le village. Couleurs, odeurs, sucre, sel… Aourir joue avec nos cinq sens et c’est là la recette simple de son succès.

Samedis et dimanches, l’avenue d’Aourirs’emplit d’une foule de touristes, surfeurs et familles

Hormis le mercredi, jour de souk hebdomadaire au village, Aourir connaît un surcroît d’affluence les samedis et dimanches. L’avenue commerçante s’emplit alors d’une foule bigarrée où se croisent touristes, surfeurs et familles de toute la région. Il y a ceux qui achètent quelques bananes pour la route, ceux qui dégustent un tagine au retour de la plageet ceux pour qui Aourir est un lieu de sortie en famille, une façon de fuir la ville pour quelques heures.

Dans le prolongement des petits commerces d’alimentation, l’échoppe de Fouad resplendit de fruits de toutes couleurs : mangues, ananas, grenades, kakis, pommes, poires, kiwis, et bien sûr, bananes, des centaines de bananes. Depuis six ans que Fouad gère ce magasin, il en connaît long sur les particularités des bananes de la région. Il explique ainsi que celles vendues au village ne viennent plus exclusivement d’Aourir, mais aussi de Tamri, une autre vallée semblable à une cinquantaine de kilomètres plus au nord.Toutes deux traversées d’un oued et longées par l’océan, les vallées d’Aourir et de Tamri offrent sensiblement les mêmes conditions de culture aux bananiers. Fouad qualifie ces bananes de « bio » pour leur culture à l’air libre et leur enrichissement au fumier, engrais naturel localement nommé « amazirr ». Pour des critères qui sont les siens, notamment la forme du régime, le vendeur porte sa préférence sur les bananes d’Aourir.

De fait, à Aourir, les plantations de bananiers sont en recul depuis quelques années. Les commerçants complètent donc leur approvisionnement par des lots de bananes en provenance de Taroudant à moins de cent kilomètres. Si ces dernières sont cultivées sous serre, elles n’en restent pas moins de très bons produits issus de l’agriculture régionale.La superficie de culture de bananes dans le Souss Massa est de 4500 Ha, dont 95% sous abris. La production prévisionnelle de la banane pour la Campagne 2018-2019 est de 182.000 Tonnes.

Un tour dans les bananeraies d’Aourir révèle en effet quelques terrains à l’abandon. Les gens du village témoignent de ce phénomène par le décès de propriétaires dont les héritiers n’ontpas repris la relève. Fort heureusement, plusieursplantations sont encore actives. Les bananiers, qui ne sont pas des arbres mais des plantes herbacées, ont besoin de beaucoup d’eau pour êtreluxuriants. C’est pourquoi les villageois y ont édifiéun savant réseau de canaux d’irrigation à ciel ouvert. On les nomme ici : « seguias ». À part les bananiers, la vallée abrite une profusion d’arbres et d’arbustes dont des papayers et des grenadiers, mais aussi toutes sortes de genêts et buissons épineux.

La meilleure façon d’admirer la bananeraie est sur la terrasse d’un des restaurants d’Aourir.

Les plantations étant pour la plupart clôturées, la meilleure façon d’admirer la vue sur les bananeraies est de s’installer sur la plus haute terrassed’un des nombreuxrestaurants d’Aourir.Dans un décor traditionnel orné de mosaïques et de tonnelles ombragées, profitez d’un moment de détente face à l’étendue verdoyante ondulant doucement sous la brise marine. Depuis le matin, des rangées de tagines cuisent plusieurs heures sur la braise en parfumant tout le village de leurs appétissants arômes. Qu’ils soient à la viande ou au poulet, tous ont la particularité d’être fondants et caramélisés, un moment de pure gourmandise.

Au milieu de l’avenue principale, un restaurant se démarque par son architecture façon kasbah et ses murs en pisé. Metteur en scène, son fondateur, Mohamed Khomiss l’a nommé « Tanit » en hommage à ses pièces de théâtre qui font la part belle aux antiques légendes amazighes. Si, au premier regard, l’intérieur du restaurant évoque un riad, l’inspiration viendrait plutôt de la forme d’un théâtre avec ses multiples balcons et sa scène en contrebas où se produisent des artistes traditionnels à l’heure du repas. Le restaurant Tanit est avant tout une histoire de famille. Sur ce terrain qui appartenait à son père et qui n’abritait qu’un palmier et un puits, le maître des lieux a souhaité créer un véritable restaurant marocain pour pallier au manque dans ce domaine à Agadir. Venu de Paris avec sa petite famille, il a posé ses valises dans la région de ses origines et a réalisé son rêve. Désormais, sous l’accueil souriant d’Isabelle, l’épouse du maître des lieux, et le savoir-faire de sa maman en cuisine, le restaurant Tanit et son équipe vous proposent chaque jour les plus grands plats de la cuisine marocaine : salades, pastillas, couscous, rfissa, sans oublier les incontournables tagines et bien d’autres délices faits maison, accompagnés de pain traditionnel cuit au four « tafarnout ».

Si vous partez visiter les villes côtières ou simplement profiter d’une sortie en famille ou entre amis, arrêtez-vous un moment à Aourir pour déguster un savoureux tagine ou des bananes fraîches de la région. Laissez-vous gagner par la vie bruissante de ce village et ses charmantes traditions.