Hello Darija : quand une maman transforme le défi de la transmission en projet culturel
Une rencontre avec Mme Chadia Benabdeljalil, fondatrice de Hello Darija, qui revient sur la création de cette collection de livres illustrés pensée pour transmettre la darija aux enfants et répondre aux besoins des familles au Maroc et dans la diaspora. 🔹Lire la suite🔹
TALENTS & PORTRAITS
Rédaction Agadir Première
8/3/2026


À l’origine de Hello Darija, il y a une idée simple mais profondément personnelle : trouver une manière vivante et accessible de transmettre la darija aux enfants, notamment dans les familles vivant à l’étranger. Ce projet, imaginé et porté par Mme Chadia Benabdeljalil, est né d’une expérience de maman confrontée au défi de la transmission linguistique dans un contexte bilingue et diasporique.
Faute de supports adaptés aux plus jeunes, elle décide de transformer cette difficulté en initiative créative. Ainsi naît une collection de livres illustrés pensée comme un espace de jeu, d’apprentissage et de complicité autour de la langue du quotidien. Plus qu’un outil pédagogique, Hello Darija s’inscrit dans une démarche intime et culturelle, où la transmission passe avant tout par le plaisir et la curiosité.
Dans cet entretien, la fondatrice revient sur son parcours, les motivations qui ont guidé la création du projet, ainsi que sur les besoins des familles marocaines, au Maroc comme à l’étranger, en quête de ressources simples pour faire vivre la darija au quotidien. Mme Chadia sera également présente au SIEL (Salon international de l’édition et du livre) de Rabat, du 8 au 10 mai 2026.


Hello Darija est né d’un besoin très personnel. Comment une intuition de maman est-elle devenue un projet à portée culturelle ?
Je suis quelqu’un de très “action-oriented”. Je vis au Canada, mon mari est canadien et je n’ai pas beaucoup l’occasion de parler darija au quotidien.
Quand j’ai eu mes enfants, j’ai réalisé que transmettre la darija à mes enfants allait être tout un défi, ma darija à moi-même n’étant pas parfaite (en plus de ne pas être parlée couramment).
Mais je me suis dit qu’une transmission imparfaite valait mieux que de ne rien essayer. Depuis, j’essaie de leur parler uniquement en darija. Lorsque je me suis mise à chercher des supports (autres que la télévision), je n’ai pas trouvé grand-chose. J’ai donc profité de mon congé maternité pour créer la collection Hello Darija. Ma fille était un enfant très calme et aimait les livres depuis toute petite. J’ai donc commencé avec un livre, puis s’en est ajouté un autre, etc.


Pourquoi était-il essentiel pour vous de proposer aux enfants un accès à la darija à travers des supports pensés pour eux ?
La raison principale est que je devais me rappeler de créer des moments 100 % darija, autant pour eux que pour moi.
Pour eux, c’est transparent, c’est un jeu. Mais pour moi, c’est un rappel constant : jouons en darija. Les supports me permettent aussi de partager davantage de mots que je n’aurais pas forcément pensé à utiliser dans mon quotidien.
Il existe beaucoup de supports de type dictionnaire destinés à un public plus âgé, mais à l’époque, les livres pour enfants étaient très rares. Mon but était donc de créer un moment ludique, 100 % darija, et de développer cette habitude chez mes enfants.
L’objectif n’est pas d’enseigner une darija parfaite (d’ailleurs, le dialecte varie selon les régions, les familles, etc.), mais plutôt de donner une chance à mes enfants de l’utiliser, de la rendre visuellement accessible et pensée pour leur âge.


Pensez-vous que la langue maternelle joue un rôle particulier dans la manière dont un enfant se relie à ses racines ?
La langue permet à l’enfant de comprendre certaines expressions et références culturelles qui ne se traduisent pas forcément bien. Dans mon contexte de couple mixte, elle me permet aussi d’offrir à mes enfants un certain équilibre, afin qu’ils comprennent leurs deux cultures sans avoir à en effacer une par défaut.
Cela dit, étant moi-même un enfant ayant grandi à l’étranger, je ne pense pas que le fait de ne pas parler darija rompe les racines avec le Maroc. Je pense que c’est plutôt le manque de curiosité qui peut créer cette distance. Mais la langue peut toujours s’apprendre, peu importe l’âge. C’est l’intérêt que l’on porte aux gens, aux traditions et aux petits moments qui fait toute la différence.


Qu’avez-vous découvert, à travers Hello Darija, sur les attentes et les besoins des familles marocaines, au Maroc comme à l’étranger ?
J’ai découvert à travers Hello Darija que beaucoup de parents partagent cette même crainte de ne pas savoir comment transmettre notre dialecte. Que personne ne nous a appris à le structurer et que nous ne vivons pas forcément dans un milieu où il est beaucoup parlé. Beaucoup de parents, ou même d’adultes, recherchent des supports simples et fiables qui dédramatisent la transmission et la rendent possible, même imparfaitement.
Et que ce soit au Maroc ou à l’étranger, je pense qu’il existe une véritable attente pour que la darija soit davantage valorisée et mise en avant à travers des outils éducatifs adaptés.


Si vous deviez résumer la mission de Hello Darija en une idée forte, ce serait laquelle ?
Notre mission est de piquer la curiosité des enfants pour qu'ils entrent en contact avec la Darija. Le but n'est pas la perfection mais le développement de routine et de profiter des rires ensemble.
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