LA PALMERAIE DE TIZNIT POUR SOURCE D’INSPIRATION

Par-delà les remparts de la médina de Tiznit existe une oasis de fraîcheur et de verdure, un lieu plein de poésie qui éveille l’imagination, la Palmeraie Targa de Tiznit. C’est dans ce cadre naturel, entre rayons de soleil et ombre des palmiers que les artistes du programme « Landscape of Care » ont trouvé leur source d’inspiration.

À la croisée des questions environnementales et sociales de la ville de Tiznit, ce programme de recherche artistique vise à créer une prise de conscience et à stimuler des solutions créatives aidant à assurer un avenir plus résilient à la ville et à ses habitants. De décembre 2018 à juin 2019, Landscape of Care s’est déroulé à travers trois sites clés de Tiznit : l’oasis, l’ancienne route de l’eau qui relie l’oasis et la médina, et la Kasbah Aghenaj.

En marge de son travail sur le bâti, sur la requalification de la médina et de la source Aïn Zerka, mais aussi sur le musée à venir, Salima Naji, Architecte Anthropologue et citoyenne de Tiznit, s’attache ici à l’humain et à son imaginaire, une démarche initiée avec un groupe d’amis et de chercheurs, avec la complicité des acteurs associatifs locaux et le soutien de fonds d’aide à la création artistique.

Tisser l’eau, les plantes et les matériaux locaux oubliés tout en sensibilisant aux questions de changement climatique

Jamais groupe d’artistes n’aura été si hétéroclite et pourtant si uni dans la création. Des baroudeurs du bout du monde aux citoyens de Tiznit, en passant par les enfants, tous se sont transformés en designers le temps d’un atelier, d’une performance.

Les artistes résidents ont été ainsi invités à interpréter, de façon créative, les enjeux environnementaux locaux critiques relatifs à l’eau, aux déchets, aux plantes, à l’alimentaire et à la présence d’acteurs locaux « humains et non humains » et leurs impacts.

Tous les matériaux utilisés ont été issus de l’environnement direct, comme les feuilles mortes et le bois de palmier, l’argile et la boue. Ainsi, les objets et espaces fabriqués peuvent être maintenus en vie lorsqu’ils sont entretenus ou peuvent retourner à la terre sans laisser de traces. En façonnant les matériaux locaux avec leurs mains, les participants laissent une empreinte personnelle dans l’espace public, créant un sentiment d’appartenance et de participation civique.

Le programme de recherche proposé préconise une compréhension holistique de l’environnement urbain, incluant un éventail d’identités, d’histoires, de matériaux et de corps ; d’éléments tangibles et intangibles ; de différents tempos et temporalités qui coexistent souvent ; du passé, du présent et du futur.

Elle est interdisciplinaire, intergénérationnelle et internationale et vise à stimuler la curiosité et l’imagination des citoyens en ouvrant de nouvelles pistes de recherche et d’engagement avec et dans le tissu urbain de Tiznit, tout en offrant un modèle pour des modes de recherche artistique et de participation communautaire qui vont bien au‐delà du contexte local.

LES ENFANTS
Décembre 2018, Workshop 1
Sous la direction artistique de la Designer néerlandaise Cocky Eeck, une série d’ateliers a été animée par des artistes marocains et internationaux.
Le Workshop 1, qui s’est déroulé en décembre 2018 avec des enfants âgés de 4 à 12 ans issus des crèches et écoles de la ville, était une exploration spatio‐sensorielle des frontières des différentes écologies qui se croisent le long de la route de l’eau.

Mettre l’accent sur l’écoute, la marche, la parole, le toucher, l’odorat, la dégustation et le sentiment, tout en s’accordant avec des entités non humaines : animaux et végétaux, mais aussi air, sol, minéraux, matériaux, objets et systèmes technologiques. Aujourd’hui encore, les parents de ces enfants constatent que nombre d’entre eux continuent de créer dès qu’ils trouvent à leur portée des matériaux de toutes sortes.

Guidés par l’énergie des équipes de l’Association Abrinaz, de l’Association des Gardiens de la Mémoire et du Slow Research Lab d’Amsterdam (plateforme de recherche et de conservation), les enfants ont réalisé un grand monstre qu’ils ont fait défiler dans les rues de Tiznit. Poème du monstre qui sortit de la palmeraie pour revenir à la source :

« Au cœur de la palmeraie est né un monstre de plastique et d’écorce. Réveillé par les enfants de la médina, jeunes esprits hybrides aux doubles visages, masques de végétaux, d’escargots, de cartons et de plastiques, il convoque les connexions vitales derrière les artifices et les déchets qui jonchent le sol. Il a surgi puis s’est lentement extirpé de l’oasis pour onduler vers l’ancienne médina. Accompagné d’un tohu-bohu de roulement de pierres dans des bouteilles abandonnées, il a gagné l’antique source. C’est alors au cri de la vie et du respect de l’environnement qu’il s est effondré épuisé dans la Kasbah Aghenaj. Il est à nouveau endormi. Jusqu’à quand… »

L’ART
Janvier 2019, Workshop 2
Le Workshop 2, que l’équipe d’Agadir Première a eu l’opportunité d’observer, réunissait des élèves du secondaire et des artisans d’ici et d’ailleurs en présence de la Plasticienne marocaine Amina Agueznay et de la Designer néerlandaise Maria Blaisse. L’exercice consistait en une application de techniques traditionnelles et contemporaines de tissage pour explorer la matérialité de l’oasis, en utilisant ses « déchets », naturels ou artificiels, pour générer de nouvelles structures et expériences entre le corps et l’espace.

Soudain, l’oasis s’est mise à exister à travers de nouvelles fréquentations, qualitatives aux yeux des habitants de Tiznit. Attirés par cet événement, de nombreux citoyens sont venus regarder de plus près. La plupart avaient une image fausse des lieux, souvent négative, certains n’avaient jamais franchi la frontière reliant la ville à l’oasis pourtant si proche. Le jour de la visite du gouverneur de la ville, des oliviers ont été plantés pour soutenir symboliquement l’événement et l’action artistique.

« La réalité de la main, pour des personnes qui l’utilisent peu, provoque une prise avec eux-mêmes, mais au final, toujours un émerveillement. »

L’ESPACE
Mars 2019, Workshop 3
Sous la direction expérimentée de l’Architecte Salima Naji, le Workshop 3 a été créé pour activer des seuils (im)matériels dans l’espace public, à travers des expressions artistiques imaginées à partir de matériaux de construction traditionnels terre, argile, etc. Plus précisément, cet atelier, qui a vu la présence de l’Architecte-urbaniste Nika Jazaei et de la Designer Marijke Annema, toutes deux néerlandaises, s’est attelé à explorer les notions de porosité et d’entre‐deux en fabriquant des architectures et des objets à différentes échelles.

En n’ouvrant qu’à des artistes confirmés et habitués, le workshop n’aurait été qu’une plateforme tournée vers une production personnelle déconnectée du contexte social. Mais en l’ouvrant à tous, il devenait possible de déplacer les lignes, imperceptiblement de faire bouger les choses, d’amener les gens à une nouvelle façon de voir, d’inviter à des gestes qu’ils ne faisaient pas ou plus, tout en mettant en valeur le respect de l’environnement. Le contact avec la nature a été le plus important. Sans le cadre exceptionnel de la palmeraie, tout ceci aurait été plus difficile à porter.

LES FEMMES
Avril à Juin 2019, Workshop 4
Dernier atelier du programme tenu avant l’été, le Workshop 4 a eu pour thème le partage sur et avec les plantes de l’oasis. L’événement a vu se rassembler, dans la palmeraie, des femmes venues partager et transmettre leurs connaissances sur les plantes locales et ce qu’elles savent sur l’utilisation, l’achat et la récolte des plantes médicinales. L’atelier a eu pour fil directeur d’encourager le développement d’un nouveau type de jardin résistant à la sécheresse pour Tiznit, incitant ses citoyens à accueillir et à cultiver ces plantes dans leurs propres jardins privés et à occuper avec elles les espaces publics de la médina.

Au-delà des créations réalisées, éphémères ou non, pendant cette année du programme Landscape of Care, il y a eu ces rencontres humaines, qui n’auraient peut-être jamais eu lieu autrement, entre ces voyageurs de l’autre côté de la Terre et ces habitants de Tiznit qui se sont toujours connus. Peut-être ces amis d’un jour ne se reverront-ils jamais, mais il restera dans les esprits l’empreinte de ces échanges d’idées toujours bénéfiques.

Dans cette expérience, il y a eu aussi la réalité de la main, pour des personnes qui l’utilisent trop peu et qui, soudain, doivent développer cette partie de leur corps jusque-là laissée de côté. Il y eut des prises avec eux-mêmes, parfois des chocs de changer leurs habitudes, mais au final, toujours un émerveillement. Certains y ont vu l’opportunité d’une nouvelle activité professionnelle, d’autres tout simplement une nouvelle façon de s’occuper.

Il est évident qu’il faut et faudra encore d’autres séances, d’autres personnes et d’autres rencontres pour transformer peu à peu les habitudes, mais pour tous, il y eut un résultat, des moments uniques et magiques, et c’est bien là le plus important.