L’INFLUENCE DES DÉCISIONS POLITIQUES DU MONDE SUR LA JEUNESSE

Après avoir brossé des portraits de jeunes qui se battent pour leurs idéaux, les élèves rédacteurs du Club Journal du Lycée Français d’Agadir s’intéressent aujourd’hui à la politique, preuve s’il en est que les jeunes ne sont pas indifférents à ce qui les entoure et encore moins à la qualité de leur avenir. S’appuyant sur leurs propres constats, mais aussi sur des exemples concrets survenus dans le monde, les élèves cristallisent ici les réflexions d’une jeunesse qui s’inquiète de l’influence de la politique et des décisions politiques sur sa vie et son destin. Tandis que nous mettons sous presse, tous profitent encore avec insouciance des grandes vacances d’été, sans se départir pour autant d’un regard déjà lucide sur leur proche avenir de citoyens du monde.

« Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi… » Régis Debray

Difficile de définir avec exactitude la notion de citoyen, cependant Régis Debray, écrivain philosophe, l’a décrite de manière assez efficace : « Le citoyen, c’est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi, le pouvoir d’élire et, le cas échéant, d’être élu. Si tu fais la loi, il est normal que tu lui obéisses. Ça s’appelle le civisme. Et si tout le monde s’arrangeait pour ne plus payer d’impôts, il n’y aurait plus de gendarmes, ni de lycées, ni d’hôpitaux, ni d’éboueurs, ni d’éclairage public, parce qu’il faut de l’argent à l’État ou à la ville pour entretenir tous ces services. »

Néanmoins, ce concept reste assez flou, malgré sa répétition constante dans les discours politiques ou publics des institutions et des associations. Pour les uns, la citoyenneté est un moyen essentiel d’unir la société en maintenant une paix sociale entre les habitants de tous âges. Pour d’autres, cette notion est indispensable à la formation de futurs citoyens autonomes, possédant un esprit critique.

L’ABSTENTION DE VOTE DES JEUNES

Depuis le début du XXIe siècle, les jeunes se sentent de moins en moins concernés par les enjeux de la politique et cela se ressent dans les taux de participation aux diverses élections. Récurrent en Europe, ce phénomène (60% d’abstention chez les 18-35 ans aux dernières élections européennes) se constate aussi désormais au Maroc : 57% d’abstention aux élections législatives de 2016, alors que 31% de la population marocaine est âgée de 18 à 25 ans.

Si les jeunes usent de plus en plus de l’abstention, c’est avant tout parce qu’ils ne se sentent plus concernés ni représentés par la classe politique actuelle. Selon eux, les politiciens seraient trop éloignés des problématiques du peuple et, du fait d’un âge souvent avancé, ne seraient plus en contact direct avec les préoccupations de la jeunesse. Leurs idées appartiennent à celles d’une autre génération qui n’a pas grandi avec les mêmes enjeux et opinions. Le paramètre générationnel entre alors en jeu. De plus, cette apathie politique s’expliquerait aussi par le manque de connaissances dans le domaine. La politique étant absente des programmes scolaires par souci de neutralité et de liberté d’opinion, les jeunes n’acquièrent, au cours de leur scolarité, aucun savoir en la matière, autre que celui apporté par les médias qui peuvent alors plus facilement influencer un électorat moins averti.

Jeunesse maroc

Les jeunes se sentent ignorés dans les politiques traditionnelles, ce qui amène à des taux d’abstention particulièrement hauts.

Pour autant, les jeunes ne sont pas moins intéressés à la politique, mais seulement à celle traitant de ce qui ne les concerne pas. Le développement des réseaux sociaux a permis à un plus grand nombre de s’exprimer et de partager des opinions, aussi multiples soient-elles. Avec le monde dans leur poche, les jeunes partagent ainsi leur réalité et ce qui en découle, les tracas, les injustices… ce qui a le mérite de mettre en lumière, en temps réel, les préoccupations sociétales (environnement, précarité, chômage, racisme, égalité homme-femme, etc…). Via les réseaux sociaux, les arguments sonnent moins faux et les citoyens se sentent moins manipulés par une instance supérieure.

De fait, les jeunes se sentent ignorés dans les politiques traditionnelles, ce qui les amène à des taux d’abstention particulièrement hauts, mettant en péril le fondement même des démocraties actuelles. Cette génération cherche un renouveau face à un système politique vieillissant. Cette abstention, quoique permettant de montrer son mécontentement, empêche l’entente et les anciennes générations élisent alors au pouvoir un gouvernement qui leur correspond. On nous répète toujours que nous sommes les citoyens de demain. Il nous faut donc réagir sans pour autant alimenter la roue infernale de l’incompréhension et de l’ignorance.

LES PRÉOCCUPATIONS DE LA JEUNESSE

La jeunesse d’aujourd’hui, que ce soit au Maroc ou dans le monde, représente un électorat qui se fait de plus en plus important. Issu d’une génération qui n’a pas évolué dans le même climat géopolitique, ni connu les mêmes priorités que ses aînés, cet électorat de demain arrive avec des idées nouvelles, parfois aux antipodes des idées traditionnelles, considérant de nombreuses causes comme légitimes, des causes, pour la plupart, considérées comme taboues il y a 50 ans.

Cette nouvelle génération se soucie également beaucoup plus des enjeux qu’elle considère comme essentiels, comme la protection de la planète et l’écologie. La jeunesse d’aujourd’hui a généralement une faible confiance en la politique et a tendance à plus « sortir du système » que les générations antérieures. Ce nouvel électorat est donc complètement différent des anciens. Cette jeunesse qui a grandi dans un monde bouleversé par la fin de la guerre froide, la guerre contre le terrorisme, la prise de conscience quant à la question du réchauffement climatique et le printemps arabe, pense et agit différemment, et cela aura tendance dans le futur à apporter des changements radicaux dans le climat sociopolitique mondial, mais aussi national.

Ce qui démarque également la nouvelle génération, c’est internet. En effet, l’électorat à venir sera le premier à n’avoir jamais connu un monde sans internet avec un flux constant et rapide d’informations du monde entier, tout le temps et à travers tous les pays, sans soucis de frontières, chose que les autres générations n’auront jamais connue. Cette particularité donnera certainement lieu, dans les années à venir, à l’émergence de nouvelles idées politiques aux antipodes de celles des générations passées, des idées qui changeront à coup sûr la politique mondiale et le monde de demain. Et espérons-le, pour le meilleur.

HONG-KONG, UNE JEUNESSE ENGAGÉE

Ex-colonie britannique, Hong-Kong bénéficie, jusqu’en 2047, d’un système juridique distinct de celui de Pékin. Mais en février 2019, une modification a été portée sur la loi relative aux extraditions vers la Chine par les autorités de Hong-Kong, mettant alors chaque citoyen hongkongais à la merci de la justice du Parti communiste chinois (PCC). Cette décision a été contestée par l’opposition et toute la population de Hong-Kong qui craignaient un renforcement du contrôle de Pékin. Le mouvement est passé d’une contestation de la loi à une dénonciation complète de l’action du gouvernement. Le message des Hongkongais était clair : «Hongkong n’est pas la Chine.»

C’est ainsi que depuis le 31 mars 2019, à Hong Kong et ailleurs, des manifestations ont eu lieu, majoritairement menées par une jeunesse engagée et en colère. Les autorités ont d’abord réagi violemment et quatre jeunes se sont suicidés « pour la cause ». Le mouvement de contestation s’est amplifié le 1er Juillet, jour anniversaire de la rétrocession à la Chine en 1997, quand les manifestants ont envahi le Parlement. Cette jeunesse prête à défendre ses idéaux a ému le monde entier. Le 8 juillet 2019, son combat a abouti à la victoire : le gouvernement a renoncé au projet de loi controversé.

LES RÉDACTEURS DU CLUB JOURNAL DU LFA
Sofia Belhouari, Ouissal Ouada, Medhi Antoine El Adib, Adam Charef