Livre jeunesse : entretien avec Ndèye Yacine Ndiaye autour de « Adama & Ghita - Au pays de Papa »

Un échange avec Ndèye Yacine Ndiaye autour de Adama & Ghita – Au pays de Papa, un livre jeunesse qui parle de racines, de famille et d’imaginaire. 🔹Lire la suite🔹

TALENTS & PORTRAITS

Rédaction Agadir Première

2/17/2026

À travers Adama & Ghita – Au pays de Papa, tome 1, Ndèye Yacine Ndiaye signe bien plus qu’un livre pour enfants : elle ouvre une porte sensible et lumineuse sur la mémoire, l’identité et la transmission.

Portée par une narration douce et accessible, cette œuvre invite petits et grands à un voyage au cœur des racines, là où l’enfance dialogue avec l’héritage familial et culturel.

Dans cette interview, nous partons à la rencontre de l’autrice pour mieux comprendre la genèse de ce projet, les messages qu’elle souhaite transmettre aux jeunes lecteurs et la place qu’occupe l’histoire d’Adama et Ghita dans son parcours personnel et créatif. Un échange sincère autour de l’imaginaire, de l’éducation et de l’importance de raconter des histoires qui font sens, aujourd’hui comme demain.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant qu’autrice et de ce qui vous a amenée à écrire pour la jeunesse ?

J'ai toujours eu ce rêve d'écrire. Au-delà même de la passion pour les mots, il était important pour moi, de transmettre, de passer des messages.

J'ai voulu commencer par les enfants car pour moi, c'est le socle de toute société. Et si dès le bas-âge, nous leur parlons de thématiques qui me semblent importantes telles que le vivre-ensemble, la diversité culturelle, la découverte de l'autre, à hauteur d'enfant, nous participons, chacun à notre niveau, à construire la société de demain où la bienveillance, le respect de soi et de l'autre, la citoyenneté, constituent des valeurs clés.

Ce besoin d'écrire est aussi venu, presque naturellement, avec la maternité. En cherchant des livres pour mes enfants, je me suis rendu compte que certaines histoires manquaient. Des histoires simples, dans lesquelles ils pourraient se reconnaître sans que leur identité soit expliquée ou justifiée.

Qu’est-ce qui vous a inspirée à créer l’histoire d’Adama & Ghita - Au pays de Papa ? Comment l’idée de ce premier tome est-elle née ?

L'idée de cette collection jeunesse est venue d'une discussion avec mon neveu qui avait 7 ans à l'époque, et qui me racontait un peu ses échanges avec ses camarades de classe. Il appréhendait dès son jeune âge les questions liées à la différence de couleur de peau, de cheveux, de cultures, entre autres. J'ai voulu donc mettre en scène deux jeunes enfants, Adama et Ghita, partagés entre deux cultures, leur papa étant Sénégalais et leur maman, Marocaine.

A travers cette collection, je souhaite que les enfants d'ici et de là-bas, mais aussi du monde entier, abordent cette double-culturalité et apprennent des uns et des autres. Dans ce premier tome, j'ai voulu surtout démarrer cette aventure avec un voyage au pays de Papa, au Sénégal. Ils y découvrent leurs racines, leur Histoire mais aussi des langues...

Adama et Ghita sont au cœur de votre récit. Comment avez-vous développé leurs personnalités et leurs aventures pour qu’elles résonnent avec les enfants ?

Adama et Ghita sont deux enfants du monde, ils sont curieux, ils sont malicieux et vivent des situations où plusieurs enfants peuvent s'identifier. Je voulais qu’ils soient proches des enfants qui les lisent. Qu’on puisse se dire : ça pourrait être moi, ça pourrait être mon frère, ma sœur, mon copain. J’ai surtout veillé à rester à hauteur d’enfant. À ne pas expliquer à leur place, à ne pas surcharger le récit de messages.

Les enfants comprennent beaucoup de choses quand on leur laisse l’espace de ressentir. Adama et Ghita vivent, observent, questionnent. Et c’est dans cette simplicité que, je crois, les lecteurs se reconnaissent.

Quels sont les messages ou valeurs que vous souhaitez transmettre aux enfants à travers cette histoire ?

Je veux surtout éveiller la curiosité des enfants comme des parents. C'est une sorte d'invitation à découvrir le monde qui nous entoure. J’ai surtout voulu ouvrir des portes. Inviter les enfants à regarder l’autre avec curiosité, à accepter ce qu’ils ne comprennent pas tout de suite, à ne pas avoir peur de la différence. À travers l’histoire d’Adama et Ghita, il est question de respect, de transmission, de lien entre générations, mais aussi de droit au questionnement. Le droit de ne pas tout savoir, de chercher, de construire son identité pas à pas. S’il y a une valeur qui traverse le livre, c’est peut-être celle-là : on peut appartenir à plusieurs mondes sans se perdre. Et ces mondes-là ne s’opposent pas, ils dialoguent.

Votre livre semble inviter à la réflexion sur la famille et les racines. Comment espérez-vous que les familles réagiront à cette lecture ?

J'espère avant tout, surtout dans le contexte actuel, que ce livre serve de prétexte pour échanger sur des sujets sociétaux avec les plus jeunes, sans que cela soit très sérieux ou solennel. Si le livre permet une discussion, des anecdotes racontées, des perceptions repensées, alors il a déjà rempli son rôle.

Comment décririez-vous votre style d’écriture pour la jeunesse et quelles techniques utilisez-vous pour captiver les jeunes lecteurs dès les premières pages ?

Écrire un livre pour des enfants n'a pas été très simple. Il a fallu à plusieurs reprises, simplifier, changer de perspective. Tout au long de ce process d'écriture qui mêle à la fois l'envie de beaucoup dire, le plus dur a été de s'arrêter, de donner juste ce qu'il faut, de s'adapter au lecteur très jeune. Je dirais que mon écriture est avant tout simple. J'essaie de faire attention au rythme, aux mots choisis, à ce qui peut être compris sans être expliqué.

J’essaie d’écrire comme on raconte une histoire à un enfant. J'ai également mis un point d'honneur à intégrer des mots des langues locales du Sénégal, en Wolof comme en Sérère, pour ouvrir le champ des possibles et ancrer davantage l'attachement et l'enracinement au pays de leur papa. A mon sens et dans la littérature jeunesse en particulier, la qualité des illustrations donne tout son sens au livre. Je suis particulièrement fière, au-delà du texte, du soin et du souci du détail en matière d'illustrations. J'ai eu la chance de travailler avec un illustrateur très talentueux, Jean-Fabrice Bissié, que je tiens tout particulièrement à remercier, pour la beauté des images qui facilitent ce voyage et permettent aux enfants de nourrir leur imaginaire.

Pouvez-vous nous donner un aperçu des prochaines aventures d’Adama et Ghita, ou de l’évolution de l’univers que vous avez créé ?

L'histoire d'Adama & Ghita ne fait que commencer. Ce premier tome pose les bases. C’est le premier regard, la première rencontre, celle qui ancre les enfants dans une histoire familiale et culturelle. La suite s’inscrit dans cette continuité. Les prochaines aventures d’Adama & Ghita les emmèneront vers d’autres lieux, d’autres expériences, toujours à hauteur d’enfant. Ils continueront à grandir, à observer, à questionner le monde qui les entoure avec enthousiasme et curiosité.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes lecteurs qui découvrent votre livre, et à ceux qui rêvent de se lancer dans l’écriture jeunesse ?

Si j'ai un conseil à donner c'est de ne pas en donner. La lecture comme l'écriture sont justement des espaces où l'on est libre de s'exprimer, de découvrir le monde, de l'appréhender selon son état d'esprit, sa culture, son parcours. J'invite simplement à vivre ces moments-là avec beaucoup de liberté et de curiosité et à les apprécier pleinement.

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