Le grand Sud marocain est traversé de chaînes de montagnes célèbres, prometteuses de belles rencontres avec les habitants et de passionnantes découvertes géologiques. C’est une plongée au cœur du Jbel Saghro que nous propose aujourd’hui la Section Rando8000 de l’UFE Agadir, un territoire encore peu connu, authentique et préservé du Haut Atlas, entre les vallées du Dadès et du Draâ.

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 1er JOUR, AGADIR – OUARZAZATE – TAGDILT

« Après le traditionnel regroupement à la sortie d’Agadir, notre colonne de voitures quitte Agadir pour Ouarzazate où nous retrouvons notre guide Mohamed.Nous traversons ensuite la palmeraie de Skoura et bifurquons plein Est face à la Vallée du Dadès pour atteindre Tagdilt de nuit, à 1600m d’altitude. Installation au gîte et rencontre avec notre équipe au complet, guides, cuisiniers et muletiers. Préparation du sac et affûtage des chaussures…

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 2e JOUR,TAGDILT – IKJMEN

Premier jour de marche.Nous traversons un immense plateau caillouteux et désertique avec une montée régulière assez interminable. Au loin les sommets du Saghro semblent nous attendre. Nous faisons une halte technique et les plus fragiles d’entre nous, qui nous ont accompagnés jusque-là, font demi-tour. Dans ce site austère et grandiose se dressent au loin quelques tentes khaïmas (symboles de l’héritage culturel nomade) parmi un chaos de roches noires. À l’origine, ces tentes étaient tissées par les femmes à base de poils de dromadaire ou de chèvre. Nous pénétrons sur les terres des nomades de la tribu des Aït Atta. Au loin, les dromadaires paissent tranquillement, sans nous regarder.Nous franchissons un petit col et là, changement de décor, des formes rocheuses étonnantes apparaissent avec quelques pitons de basalte.Enfin, après 6h de marche et 18km, nous atteignons notre premier bivouac sur le site d’Ikjmen, à 1980m d’altitude.

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 3e JOUR,IKJMEN- BABN’ALI

Sur un chemin escarpé, dans la lumière du Saghro, le soleil nous accompagne et nous réchauffe quelque peu. ÀIghazzoun, une famille nous reçoit pour un thé traditionnel.Nous rencontrons le doyen du village qui nous dit avoir 111 ans. Il était berger pendant la bataille de Bougafer ou bataille du Saghro (1933) qui opposa les forces coloniales françaises aux combattants des tribus Aït Atta. La progression reprend avant de monter vers le plateau de Tadaoute N’Tablah. Nous surplombons de vastes canyons profonds où apparaissent de minuscules parcelles verdoyantes de figuiers, amandiers et autres grenadiers.Des chiens aboient et semblent nous dire « Attention, ici c’est notre domaine ».Quelques bêlements nous rappellent que nous sommes chez les nomades.Les chèvres, invisibles jusque-là, apparaissent, paissant tranquillement dans les estives puis bondissant comme des isards.Les dromadaires sont plus discrets et semblent nous dédaigner…Grimpettes et descentes se succèdent. Nous arpentons flancs et crêtes, le soleil sur nos têtes. Même le dos courbé, c’est le cœur joyeux que nous progressons quand, soudain, la colonne freine brutalement…Attroupement et crépitement de flashs !La vedette de tant d’attention est un magnifique caméléon posé entre rochers et chardons étoilés.Bientôt, dans les méandres d’un oued émerge notre campement. L’occasion d’un brin de toilette à l’eau courante et glacée. Nous avons marché 6h50 et parcouru 13km.

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 4e JOUR, BAB N’ALI – IGLI

C’est sous une bise automnale que nous entamons cette nouvelle journée.La souffrance est là mais nous sommes heureux de partager ces moments si rares.Au-dessus de nous, de lourds nuages noirs s’amoncellent et quelques gouttes de pluie commencent à tomber. Hors du sentier, nous crapahutons maintenant dans l’oued torturé et remontons les gorges d’Assif n’Afouar. Les chaussures et bâtons tournent, calculent et trouvent la meilleure voie entre les galets. Enfin apparaît la petite oasis de Boualouz. Ici, de petits champs de céréales et des amandiers témoignent de l’effort pour vivre.Nous nous accordons une pause repas chez l’habitant entouré de l’hospitalité coutumière.Dur de relancer les jambes, mais le bivouac est encore loin.Nous reprenons de l’altitude en longeant le flanc de la montagne. Soudain, au détour d’un sentier, une mini-boutique de produits faits main apparaît comme par magie,tenuepar une fillette à même le sol. Combien ? Choukrane et à bientôt ! Notre colonne à peine remise en marche, elle a déjà disparu avec son baluchon, gambadant au fond de la vallée. Tout autour de nous, la montagne déboule en pentes vertigineuses quand se dresse devant nous, au milieu d’un cirque rocheux, la porte de Bab N’Ali dans un paysage de pitons sculptés dans des rochers de grès ocre. Les amoureux de paysages peuvent l’admirer sous plusieurs angles en fonction de leur position et de celle du soleil. Fini pour aujourd’hui, le bivouac nous tend les bras. Une vilaine météo est annoncée pour le lendemain et après concertation, nous décidons de rester sur place, sage décision qui nous donnera raison.Nuit agitée où vent et averses successives accompagnent les ronflements les plus sonores…

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 5e JOUR,IGLI – IGLI

La nuit nous a porté conseil. Le ciel est couvert de lourds nuages noirs.La barrière que nous devions franchir est dans le brouillard et la pluie.Le vent est si violent qu’une cascade bondissante danse et virevolte sur place, remontant vers la cime en tourbillons tumultueux. Dans la grisaille, nous décidons de visiter les environs.Ici, quelques bâtisses de pierre et de pisé ocre portées par des poutres de palmiers, là, un immense troupeau de chèvres, là-bas encore, un verger et des parcelles verdoyantes, alimentées par une seguia de terre (canal d’eau),où poussent maïs, blé, orge et légumes.Ici, les pâturages sont les terres nourricières des troupeaux depuis la nuit des temps. Ici, la montagne ne triche pas.Elle est riche et rude. Le travail et la souffrance sont quotidiens. L’homme laboure, sème et récolte.Il doit affronter le froid, la neige et de dures conditions de vie.On se doit de rester humble devant une telle humanité, devant la grandeur aride de la montagne…

Après une collation traditionnelle de thé et de pain huilé, retour au campement où les forces nous reprennent.Cette fin de journée maussade s’éclaircit enfin, le soleil joue à cache-cache entre de gros nuages blancs joufflus chassés par le vent…Demain sera une grosse et longue étape.

TREK DANS LE JBEL SAGHRO – 6e JOUR, IGLI – ALMOU – TAGDILT

Réveil à 5h. Le ciel est dégagé. Des étoiles par milliers et une gibbeuse nous accompagnent, lampes frontales sur le bonnet et file indienne de rigueur. Devant nous se profilent les falaises de Tassigdelt. L’ascension est difficile, régulière mais bien cadencée par Brahim, notre guide depuis 4 ans. La montagne s’illumine peu à peu, nous franchissons le col d’Ifred à 2400m d’altitude, puis, enfin, le sommet. Nous avons une minute d’avance avant le lever de l’astre solaire. Nos randonneurs se transforment en paparazzis. Le panorama est sublime à 360° !

Nous continuons sur un bon sentier jalonné d’herbes folles et emprunté par les troupeaux de moutons et de chèvres. Devant nous, le mont Kouaouchà 2600m d’altitude, seigneur perdu au milieu du Saghro, guerrier qui défend sa solitude hivernale, mais, malgré ses corniches hostiles, nous prenons d’assaut cette combe austère après une ultime escalade de 60m.Près du cairn sommital où des rafales violentes nous plaquent au sol, nous avons vue sur la chaîne du M’Goun, la Vallée des Roses et tout le massif du Saghro. Il nous faut pourtant quitter les lieux et prendre le chemin du retour.Un vent violent refroidi par les récentes chutes de neige sur les chaînes élevées de l’Atlas nous fait tituber à chaque rafale parmi les genévriers centenaires aux racines enchevêtrées dans la pierre. Heureusement, le bleu du ciel l’emporte et la randonnée s’achève avec le beau temps.Voici que la dernière ligne droite se profile. Sur la piste poussiéreuse, la cadence est rythmée ; les plus courageux auront parcouru 28km pendant près de 9h de marche.

Notre dernière pensée est pour ces transhumants, ces nomades de l’impossible, burinés par la rigueur des temps, de leur difficile métier au fil des caprices des saisons…Une survie et un combat de chaque instant.

Les trekkeuses du Saghro: Anne-Marie, Catherine, Colette, Françoise D., Michèle, Mité et Sophie.Les trekkeurs : Alain L, Alain E, Bernard, Cricri H, Daniel. Gilles, Majid, Paul, Cricri T. Les trekkeurs de la 1ère étape : Christine, Françoise G.,Maguy, Marie-Claude et Gégé. Remerciements aux guides : Brahim et Mohamed, aux cuisiniers et aux muletiers.